Guadeloupe : la révolte au quotidien

26 Janvier 2022

Le 20 janvier, une journée d’action et de grèves était organisée par le collectif des organisations en lutte contre l’obligation vaccinale qui a entraîné en Guadeloupe le licenciement de nombreux salariés, dont beaucoup de soignants.

Ce collectif compte une trentaine de syndicats : UGTG, la CGTG, FO, la FSU, l’UNSA, des organisations politiques comme le LKP ou Combat ouvrier. Les militants du journal Rebelle participent également aux actions.

Dix jours plus tôt, à 3 heures du matin, les forces de police avaient littéralement écrasé les tentes et le matériel du piquet de grève des soignants du CHU de Pointe-à-Pitre. Ils avaient interdit aux syndicats de pénétrer dans l’enceinte du CHU, le piquet de grève s’installant alors devant l’entrée. La tension était montée et la confrontation entre les grévistes et la police avait duré toute la journée aux abords du CHU.

Le 20 janvier, le collectif entendait donc préparer une réponse forte à cette agression, notamment avec de nombreuses grèves. Les militants de la CGTG, eux, ont organisé une tournée de prises de parole devant les entreprises de la zone de Jarry avec les ouvriers d’ArcelorMittal en grève depuis plus de trois mois. Des groupes de travailleurs de l’UGTG, refoulés du parking du supermarché Carrefour Milénis, sont allés devant d’autres entreprises sur la route de Vieux-Bourg-Abymes.

Vers midi, des échauffourées importantes se sont produites avec les forces de police. Elles ont duré toute la journée, avec grenades lacrymogènes contre jets de pierre, des jeunes renversant des carcasses de voitures sur la chaussée. Puis la manifestation s’est déplacée vers le quartier de Chauvel où les affrontements ont été violents. Des jeunes ont tiré à balles réelles sur les gendarmes, qui recevaient aussi des volées de pierres.

Dans la nuit, comme cela s’est souvent produit, notamment en novembre dernier, des bandes de jeunes sont allées piller des magasins dans Pointe-à-Pitre et ont incendié quelques bâtiments. Plusieurs ont été interpellés et sont inquiétés par la justice. Le lendemain, au tribunal, une centaine de militants du collectif sont venus les soutenir. Ces incidents ont conduit le préfet à avancer le début du couvre-feu à 18 heures pendant le week-end des 22 et 23 janvier.

Samedi 22 janvier, 350 personnes ont encore manifesté devant le centre hospitalier de Basse-Terre. Lundi 24, aux abords d’un barrage routier, des jeunes ont été interpellés dans la commune de Port-Louis et mis en garde à vue.

Ces barrages, quasi quotidiens sur l’île au lever du jour, sont enlevés ensuite par les forces de police parfois très vite, parfois plusieurs heures après. La révolte sociale en cours touche aussi les jeunes chômeurs dans les quartiers. Plusieurs centaines de soignants sont licenciés et ne perçoivent aucun salaire car ils refusent de se faire vacciner.

La population s’oppose à ces sanctions qu’elle trouve injustes. Mardi 25 janvier dans la matinée, le collectif a tenu une conférence de presse devant le CHU, puis le soir un meeting à Port-Louis. Le préfet et le gouvernement persistent dans leur refus d’une adaptation de la loi du 5 août dernier sur l’obligation vaccinale et les sanctions aux Antilles. Plusieurs élus la réclament maintenant en déclarant injuste le licenciement des non vaccinés.

Le collectif est décidé à poursuivre les actions de protestation et de révolte jusqu’à la réintégration de tout le personnel. L’exaspération de centaines de travailleurs est à son comble. Si les incidents se multiplient et si la vie sociale est perturbée, la responsabilité en incombe totalement à l’État, drapé dans une attitude méprisante et le refus de négocier, qui fait régner un climat de répression policière et judiciaire. Il joue la montre et le pourrissement du mouvement. Mais après sept mois, ça ne marche toujours pas ! Samedi 29 janvier une nouvelle manifestation de rue est prévue.

Pierre JEAN-CHRISTOPHE