Birmanie : Total prend ses bénéfices

26 Janvier 2022

Total a finalement annoncé son retrait du champ gazier Yadana qu’il exploite depuis trente ans en Birmanie. Quelques heures après, la firme américaine Chevron, qui exploite ce gisement avec Total, a annoncé le sien.

Dans un communiqué, le géant français du pétrole feint de se soucier du sort de la population birmane.

Total se dit préoccupé par les abus et violations des droits humains commis en Birmanie depuis le coup d’État du 1er février 2021. En un an, la junte a assassiné près de 1 500 opposants, en a arrêté 8 700, et de nombreuses condamnations à mort ont été prononcées. Elle a mis à feu et à sang des quartiers ouvriers, des villes ou villages, pour tenter, sans y parvenir, de vaincre la résistance au coup d’État. Cela avec la parfaite complicité de Total et Chevron.

Environ 50 % des devises de l’État birman et de la junte militaire proviennent en effet de la rente gazière. L’organisation Earth­Rights International déclare : « Depuis le début du coup d’État, Total et Chevron ont facilité le transfert d’environ un demi-­milliard de dollars américains de revenus à la junte militaire. Ces paiements sont la plus grande source de fonds étrangers de l’armée et alimentent ses atrocités en matière de droits humains. »

En avril 2021, trois mois après le coup d’État, Pouyanné, le PDG de Total justifiait sa collaboration avec le régime assassin, en prétendant qu’il refusait de priver la population birmane d’électricité. En réalité, 70 % de la production du gisement est exportée et la moitié de la population birmane n’est raccordée à aucun réseau électrique, condamnée à utiliser des panneaux solaires pour recharger les téléphones portables. La firme a bien réagi à un article du journal Le Monde détaillant le montage financier utilisé par Total pour financer la junte à partir d’une filiale enregistrée aux Bermudes : elle a annulé, non sa présence en Birmanie, mais la campagne de publicité prévue dans le quotidien !

De leur côté, les dirigeants de l’impérialisme versent des larmes de crocodile sur le sort de la population birmane, mais se gardent bien de sanctionner financièrement les firmes liées à la junte. Alors, pourquoi ce revirement ? Certainement pas par souci humanitaire d’une firme qui, en Ouganda ou en Mozambique sème la misère et la désolation parmi les populations. En fait, la fin de l’exploitation du champ Yadana était de toute façon prévue pour 2025, en raison de son épuisement. Et Total, respectueux de son préavis de six mois, s’engage auprès de la junte à trouver un remplaçant.

Comme l’indique l’association Info Birmanie : « Total a sans doute effectué un calcul entre les bénéfices et les risques qu’il y avait à rester sur une telle opération. » Comme bien d’autres firmes occidentales, le géant pétrolier avait sans doute estimé que la violence de la répression aurait rapidement raison de la résistance de la population et que sa complicité avec les massacreurs serait vite oubliée. Cela n’a pas été le cas, et il préfère se hâter (lentement) de se retirer.

Christian BERNAC