HLM : les gouvernements à côté de la plaque

19 Janvier 2022

L’année dernière, les préfets ont accordé des autorisations de construire pour 92 000 logements HLM, au lieu des 125 000 par an annoncés par la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon… alors que deux millions de ménages sont sur les listes d’attente.

La promesse gouvernementale était déjà bien en deçà des besoins, la réalité l’est encore un peu plus.

Les ministres du Logement peuvent bien raconter ce qu’ils veulent, leurs gouvernements se privent tous volontairement des moyens de décider combien de logements doivent se construire. En effet, trois logements nouveaux sur quatre appartiennent au secteur privé, qui obéit aux lois du marché et génère des loyers inabordables. Un seul sur quatre est un logement dit social, construit par des organismes HLM, dont les budgets sont en baisse.

Une partie est financée sur les fonds propres de ces organismes, autrement dit en faisant payer leurs locataires. Mais c’est loin de suffire et les HLM doivent emprunter 70 % du coût de la construction à la Caisse des dépôts, directement ou par l’intermédiaire d’autres banques. Même si ces emprunts sont étalés sur plusieurs dizaines d’années, les HLM doivent les rembourser et pour cela augmenter les loyers. L’État est censé subventionner les prêts mais, en 2016 par exemple, sa participation a été de 0,3 milliard sur les 15 milliards d’euros dépensés par les HLM. L’autre subvention à la construction, l’aide à la pierre, qui existait il y a une cinquantaine d’années, avant la crise, a progressivement disparu. La balle est renvoyée à Action logement, un organisme patronal financé par un prélèvement sur les salaires, et aux collectivités locales, du moins à celles qui en ont les moyens et le veulent bien. L’État a commencé à se désengager également de l’aide à la personne en faisant payer une partie des APL par les organismes d’HLM, ce qui réduit encore leurs moyens de financer la construction de nouveaux logements dit sociaux.

Les aides de l’État n’ont jamais permis de résoudre le problème du logement, mais aujourd’hui il est aggravé. La construction est au plancher et les loyers sont de plus en plus inabordables.

Les corps de métier capables de construire sont là, mais la construction de logements populaires en nombre suffisant et avec des loyers abordables butte sur les choix des profiteurs du marché de la construction et de l’immobilier. Il faudra exproprier ces profiteurs, mettre la production de logements sous le contrôle des travailleurs et de toute la population pour qu’on puisse dire, cette fois sans fausse promesse, que le bâtiment va et que les besoins sont pris en compte.

Jean SANDAY