« Wokisme » : Blanquer le censeur

12 Janvier 2022

Alors que le personnel de l’Éducation nationale doit faire face à la nouvelle vague de Covid, aggravée par le sous-effectif et les protocoles incohérents, le ministre Jean-Michel Blanquer a choisi d’engager la lutte contre... « le wokisme ».

Ce terme n’a rien à voir avec la cuisine asiatique mais avec un mot anglais qui signifie « être éveillé », c’est-à-dire conscient qu’un certain nombre d’oppressions règnent dans la société. Il désigne des courants qui dénoncent l’oppression subie par les femmes ou par les minorités raciales, le poids de l’héritage colonial ou encore les préjugés associés au genre, qu’ils dissocient du sexe. Tous ces courants contestent à leur façon l’ordre établi ou l’un de ses aspects et c’est pourquoi les plus réactionnaires tiennent à les pourfendre.

Selon Blanquer et la brochette d’intellectuels et de journalistes réunis en colloque les 7 et 8 janvier, le « wokisme » serait donc en train de gangrener les universités. Tout comme lors de leur campagne contre « l’islamo-gauchisme » ils voudraient discréditer, voire faire passer pour des terroristes intellectuels, ceux qui critiquent la société actuelle. Blanquer et ses alliés renversent ainsi les valeurs : eux, qui gouvernent en renforçant les privilèges et les inégalités, en augmentant la sélection à l’entrée des études supérieures et la précarité dans toute la société, se prétendent les défenseurs des valeurs « universalistes » et « républicaines ».

Passant aux actes, Laurent Wauquiez, président de la région AURA vient de supprimer une subvention de 100 000 euros à l’Institut d’études politiques de Grenoble car selon lui « les militants de théories “woke” (...) ont aujourd’hui confisqué le débat au sein de cet établissement sans que la direction ne prenne la mesure de cette dérive ». Et voilà comment des démocrates universalistes autoproclamés restaurent la censure !

Xavier LACHAU