Pollution des sols : le patronat exonéré

12 Janvier 2022

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé samedi 8 janvier à Amiens que 100 millions supplémentaires seraient attribués au fonds friches, destiné à financer le recyclage de friches industrielles ou urbaines.

Ce fonds doté de 650 millions d’euros a été créé dans le cadre du plan de relance de 2020 destiné à faire face aux conséquences de la crise sanitaire. L’État et les collectivités interviennent financièrement depuis des années pour rendre utilisables des friches industrielles ou commerciales, car le plus souvent le propriétaire ou le dernier exploitant réussissent à échapper à cette nécessité et laissent les bâtiments en l’état, les pollutions et parfois même les déchets sur place. Les actionnaires n’étant pas concernés par la réhabilitation, les collectivités ne peuvent pas obtenir un financement venant de ceux qui se sont enrichis grâce au fonctionnement de l’entreprise. Parfois les propriétaires préfèrent même laisser le terrain en friche plutôt que de le vendre à une collectivité pour un prix inférieur à ce qu’ils espèrent.

Comme le plan de relance doit s’appuyer sur des motivations écologiques, les reconversions de friches sont censées empêcher ou limiter l’artificialisation des sols alors que celle-ci concerne chaque année 20 000 ou 30 000 hectares supplémentaires.

À Amiens par exemple, où le Premier ministre se satisfait de la reconversion de cinq hectares d’un ancien site textile plus de dix ans après son arrêt, il est prévu de créer une nouvelle zone d’activité de 62 hectares. De toute façon, pour les patrons qui cherchent des terrains, s’installer en périphérie de ville sur de nouveaux espaces est bien moins onéreux que sur des terrains réhabilités. Le coup de pouce à la dépollution aura donc un impact bien limité.

Mais le gouvernement se moque bien de l’effet réel de ses décisions. Outre que les fonds dédiés sont dérisoires en proportion des besoins, ce plan fournira des marchés supplémentaires à des entreprises du BTP, que cela mette ou non un coup d’arrêt à l’artificialisation des sols.

Inès Rabah