États-Unis : Guantanamo, les oubliettes de l’impérialisme

12 Janvier 2022

Il y a vingt ans, en janvier 2002, les États-Unis du président George W. Bush commençaient à emprisonner des hommes raflés en Afghanistan ou ailleurs dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ».

Depuis, 780 hommes, parfois des mineurs, capturés par les autorités américaines après les attentats du 11 septembre 2001 et présentés comme des terroristes, ont été incarcérés dans la prison militaire américaine de Guantánamo, située sur l’île de Cuba.

Les États-Unis les ont qualifiés de « combattants ennemis illégaux » pour justifier leur détention en dehors du territoire américain et éviter qu’elle puisse être soumise à l’examen de la justice. Après avoir passé des années dans des cages, la plupart ont été relâchés sans procès, car il n’y avait aucune preuve d’un lien quelconque avec le terrorisme. Leur captivité était tout simplement arbitraire.

Parmi les 39 prisonniers encore détenus aujourd’hui, dix ont été blanchis par une commission comprenant la CIA et le FBI. Et pourtant, après de longues années de détention, ils restent captifs.

Dans de rares cas, les autorités américaines ont estimé avoir les preuves nécessaires pour entamer des procès devant la justice militaire. Commencés en 2019, ceux-ci ont été interrompus à cause de la pandémie et n’ont repris que récemment. Le témoignage de Majid Khan, un Pakistanais qui a plaidé coupable, donne une idée des traitements subis.

Balloté de 2003 à 2006 dans des prisons secrètes de la CIA dont il ignore encore la localisation, avant d’être incarcéré à Guantánamo, Khan a été suspendu à des chaînes pendant plusieurs jours d’affilée, nu et sans manger. Il a eu le visage cagoulé et plongé dans des bains d’eau glacée, il a été privé de sommeil, a subi des lavements forcés avec un tuyau d’arrosage introduit dans l’anus. Ses tortionnaires menaçaient de s’en prendre à sa famille et de violer sa sœur.

Même le jury du tribunal militaire qui l’a déclaré coupable, pourtant constitué uniquement d’officiers américains, a été indigné au point de demander une peine clémente pour cet homme ayant subi de tels sévices.

Depuis vingt ans, des présidents républicains et démocrates se sont succédé et la fermeture du camp de Guantánamo, plusieurs fois promise, n’est toujours pas en vue. Derrière sa façade démocratique, l’impérialisme le plus puissant du monde s’impose avec brutalité et n’hésite pas à recourir à la torture.

Lucien DÉTROIT