Urgences : un désastre annoncé

05 Janvier 2022

« Ça va tanguer », prévient Martin Hirsch, capitaine du vaisseau amiral des établissements de santé, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. « C’est un raz-de-marée », prévenait auparavant son ministre de tutelle au sujet de la vague du variant Omicron.

Experts en métaphore maritime, les gouvernants et les autorités à la tête de la santé restent les bras ballants, tandis que l’hôpital surnage de plus en plus laborieusement, et en particulier dans les services d’urgences. Le 30 décembre, l’agence régionale de santé d’Île-de-France en était réduite à donner la consigne de « déprogrammer un maximum d’opérations chirurgicales à partir du 2 janvier, sauf en pédiatrie, cardiologie, cancérologie, néphrologie et greffes ». Un courriel consécutif de l’AP-HP appelait les soignants à limiter leurs activités « aux prises en charge pour lesquelles le pronostic vital est en jeu », un tri des patients étant même envisagé.

L’arrière-plan de ces injonctions paniquées est la multiplication des arrêts maladie chez les salariés de l’hôpital, épuisés et contaminés. Et les consignes de l’ARS d’Ile-de-France n’ont évidemment pas le pouvoir de chasser la réalité : le 3 janvier, les Urgences pédiatriques de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, dans une banlieue populaire très peuplée, ont dû fermer faute de personnel.

Et tandis qu’Olivier Véran prévient que « ça va être difficile à l’hôpital » avec l’arrivée du pic de contamination envisagé vers la mi-janvier, c’est déjà plus que difficile dans les services d’urgences. Selon un chef de service de l’hôpital Tenon de Paris, la cause en est le nombre plus grand que l’année dernière de malades atteints de bronchiolites, de gastro-entérites et de formes graves de Covid dues au variant Delta. La situation est aggravée par la rapide contamination des salariés de l’hôpital au variant Omicron, alors que le personnel est déjà en sous-effectif, comme le rappelle ce médecin.

Castex, de son côté, était de corvée la nuit du 31 décembre. Pendant que son patron, paraît-il, réveillonnait en couple à Versailles, il se montrait flanqué de Hirsch dans les locaux de l’hôpital Cochin de Paris. Comme il se doit sans doute pour un Premier ministre en temps de pandémie, il déclarait : « C’est très symbolique que je passe le cap du Nouvel an dans un établissement de santé. » Sa boutade n’a dû faire sourire personne, et surtout pas les soignants qui lui réclament des forces et des formations en réanimation, auxquels il a promis… un plan d’action.

Réduits aux constats piteux et aux promesses creuses, gouvernants et autorités de santé n’affichent que mépris pour les besoins urgents des travailleurs de l’hôpital : des postes, de meilleurs salaires et l’arrêt des fermetures de lits. Consacrer l’argent public à la santé publique ? Vous n’y pensez pas !

Viviane LAFONT