Turquie : une faillite payée par toute la population

05 Janvier 2022

Au bord de la faillite, le gouvernement turc d’Erdogan navigue désormais au jour le jour. Alors que le pays s’enfonce dans la crise, les classes populaires lui payent un prix de plus en plus lourd.

La dette extérieure de la Turquie s’élève maintenant à 453 milliards de dollars et le pouvoir ne peut ni la rembourser, ni même en payer les intérêts. Tout au plus espère-t-il profiter de l’écroulement de la monnaie nationale, la livre turque, pour relancer un peu les exportations, sans grand succès car les marchés extérieurs se sont fermés.

Les manœuvres de la banque centrale et de quelques grandes banques, qui ne se privent pas de spéculer sur les marchés, ont ainsi contribué, les 20 et 21 décembre, à faire passer le cours de la monnaie de 11 livres à 18 livres pour un dollar. Ce cours est redescendu les jours suivants, mais entre-temps ceux qui ont vendu et acheté au bon moment ont pu en tirer d’énormes bénéfices. L’entourage d’Erdogan en particulier est accusé d’avoir profité de ces manipulations monétaires, tandis que de son côté le gouvernement refuse que les noms des profiteurs soient rendus publics.

Si l’écroulement de la monnaie ne semble pas vraiment relancer l’économie, il entraîne en tout cas le renchérissement de tous les produits importés, et notamment des carburants, et une forte inflation qui ronge le pouvoir d’achat de la population. L’année 2021 a vu une véritable flambée des prix. Celui de l’électricité, qui se répercute sur tous les autres, a augmenté de 127 % en un an. Et si les organismes officiels n’évaluent le taux de l’inflation qu’à 36 % dans l’année, un organisme d’économistes indépendants l’évalue à 88,81 % et le syndicat DISK à 65 %.

Le gouvernement Erdogan a reconnu cette situation à sa façon en annonçant l’augmentation du salaire minimum légal de 50 % au 1° janvier. Celui-ci se monte maintenant à 4 253 livres turques, au lieu de 2 825 il y a un an, ce qui correspondait alors à 347 euros. Mais le nouveau montant ne représentait déjà que 280 euros au cours de la monnaie du 1er janvier, un cours qui va continuer de diminuer.

Dans cette situation, le mécontentement ne peut que croître. Il a commencé à se manifester dans le secteur de la métallurgie, où les conventions collectives arrivent à échéance, mais où les négociations sont dans l’impasse, le patronat se refusant à accorder plus de 27 % d’augmentation des salaires. Le syndicat Türk-Is lui-même, syndicat pro-patronal, a ressenti suffisamment le mécontentement de sa base pour appeler le 2 janvier à une grande manifestation à Istanbul, protestant dans des termes radicaux et menaçant d’appeler à la grève. Mais c’est pour toute la population que la situation devient chaque jour un peu plus invivable. La menace de la répression, la police omniprésente ne réussiront pas toujours à éviter une explosion sociale.

Julien SILVA