Féminicides : les coupables et les responsables

05 Janvier 2022

Six policiers affectés à Mérignac, en Gironde, passaient en conseil de discipline le 4 janvier pour une évaluation de leur degré de responsabilité dans la mort de Chahinez Daoud, brûlée vive par son ex-mari le 4 mai 2021.

Effectivement, les manquements ayant conduit à cette mort atroce se sont accumulés, tant du côté de la police que de la justice. Déjà condamné pour violences conjugales, le mari était sorti de prison sans que sa femme en ait été informée. Malgré l’interdiction d’entrer en contact avec elle, il avait continué à la harceler et menacer. Le 15 mars, ayant été violemment frappée par son mari, la jeune femme avait une nouvelle fois porté plainte au commissariat. Prise par un policier lui-même condamné pour violences conjugales, la plainte transmise au magistrat, incomplète, en partie illisible et comprenant des inexactitudes, avait été classée sans suite. Alors que le mari violent était suivi par le service pénitentiaire de probation, la cheffe du groupe de la division de Mérignac n’avait entrepris « aucune initiative visant à relancer les investigations pour le joindre entre le 22 mars et le 4 mai 2021 ». Et au cours d’une réunion pour savoir à qui attribuer un téléphone Grave danger permettant un contact rapide avec la police, à aucun moment le nom de Chahinez n’avait été mentionné, etc. La liste des dysfonctionnements, liés au mépris avec lequel a été traitée la plainte d’une femme, est accablante.

Ces manquements sont certes le fait d’individus qui, baignant dans une atmosphère machiste ou débordés par leurs tâches, ne se sont pas donné la peine de mettre tout en œuvre pour secourir une femme en danger de mort. Mais, à un niveau supérieur, le gouvernement porte sa part de responsabilité. Alors que Macron, peu après son élection, avait qualifié l’égalité entre les femmes et les hommes de « grande cause du quinquennat », bien peu a été fait. Les logements où une femme battue pourrait être à l’abri avec ses enfants sont insuffisants, de même que la création d’unités spécialisées dans la prise en charge psychologique des victimes... et aussi celle des hommes violents. Pour commencer, il y aurait fort à faire pour que toute femme se présentant à des personnes œuvrant dans des institutions censées protéger la population soit au moins entendue et voit satisfaits ses besoins immédiats.

Depuis le 1er janvier, trois femmes déjà ont été assassinées par leur compagnon. Il y a eu 113 féminicides l’an passé. Ces actes barbares sont aussi représentatifs de l’état d’une société qui, tout en se disant civilisée,est fondée sur l’exploitation et génère donc toutes sortes d’oppressions, dont celle des femmes.

Marianne LAMIRAL