Navires à l’abandon : marins escroqués

29 Décembre 2021

La Fédération internationale des travailleurs du transport, un syndicat américain qui a des antennes dans de nombreux ports et des relais dans les organismes internationaux, indique qu’au moins mille marins attendent depuis des mois sur 85 navires abandonnés dans divers mouillages.

Le chiffre serait sous-estimé, car nombre d’équipages préféreraient ne rien dire de leur situation, de peur de se retrouver sur la liste noire des armateurs, ou plutôt des trafiquants de main-d’œuvre qui recrutent les marins.

Tous les ports connaissent ces navires rouillés, à quai depuis des mois, où des équipages sans ressources, sans salaire, sans papiers ne survivent que grâce à la solidarité de la population. Certains de ces marins abandonnés racontent n’avoir mangé que du riz des mois durant, d’autres être restés quatre ans loin de chez eux, ou avoir travaillé des années et finalement devoir emprunter pour rentrer à la maison. Les armateurs, lorsqu’ils n’ont pas fait faillite, ne répondent ni aux marins, ni aux autorités portuaires, ni aux associations. Les navires ayant été condamnés, trop vieux, trop endommagés, pas assez rentables, avec une cargaison non payée, pourrie ou détruite, leurs propriétaires ont jugé plus simple de les laisser à quai, là où ils se trouvaient. Cela présente en outre l’avantage de ne pas avoir à verser les salaires de l’équipage. De leur côté, les marins n’ont pas les moyens de rentrer chez eux. Ils n’y ont d’ailleurs pas intérêt, car l’occupation du navire reste la seule mince possibilité de se faire un jour payer leur dû ou indemniser de leur peine.

De semblables cas se sont multipliés par suite de la concurrence féroce régnant dans le transport maritime, de sa concentration rapide qui élimine nombre de petits armateurs travaillant avec des bateaux vétustes. D’autres sont la conséquence indirecte de la pandémie. Cette situation rendant les formalités de vente pour la casse longues et complexes, ne serait-ce qu’en empêchant visites et estimations, des compagnies ont préféré abandonner purement et simplement leurs vieux navires, équipages compris. Comme sur terre, les patrons font payer les pots cassés aux travailleurs et ferment la boutique, sans souci des conséquences. Mais les marins peuvent être jetés à quai, sans salaire, sans recours légal et à l’autre bout du monde.

De temps à autre, un pays ou un organisme international demande l’établissement d’une réglementation contraignant quelque peu les armateurs, mais sans grande conviction, car chacun sait que les capitalistes sont seuls maîtres à bord, sur terre comme sur mer. Jusqu’à la mutinerie…

Paul GALOIS