Justice : une situation calamiteuse

22 Décembre 2021

Mercredi 15 janvier, 17 organisations syndicales ont appelé les magistrats, les fonctionnaires de la justice, les avocats à une journée de grève et de manifestation avec comme mot d’ordre « Plus de moyens pour la justice. »

Les magistrats n’ont pas le droit de grève. Pourtant, 12 % d’entre eux se sont déclarés grévistes. De nombreux rassemblements ont eu lieu dans les grandes villes. Ce mouvement fait suite à une tribune publiée dans la presse, qui dénonçait les conditions de la justice après le suicide d’une jeune magistrate dans le Pas-de-Calais.

Dans nombre de juridictions, la situation est en effet infernale. Certains dossiers de divorce, de placement, de surendettement attendent des mois voire des années avant d’être réglés. À Lorient par exemple, la justice pour enfant suit mille mineurs, et si l’un d’entre eux est placé et fait appel de la décision du juge, il devra parfois attendre deux ans pour voir son appel instruit. À Nancy, les comparutions immédiates se terminent souvent au cœur de la nuit. Il n’est pas rare qu’un accusé soit convoqué à 13 heures et jugé à 23 heures, après une journée d’audience, et parfois cela dure jusqu’à deux heures du matin. Dans ces conditions, il est évident que les magistrats comme les greffiers ne désirent qu’une chose : en finir au plus vite avec les affaires qui restent.

Dans une société divisée en classes et pourrie d’inégalités, inévitablement, la justice n’est pas la même selon qu’on est puissant ou misérable, et elle est toujours plus dure à l’égard des travailleurs et des couches les plus pauvres de la population. Mais, dans le contexte d’une crise qui s’aggrave, elle ne peut que devenir encore plus inégalitaire. Comme toutes les administrations, l’institution judiciaire a fait les frais des politiques de réduction de moyens que dénoncent aujourd’hui les magistrats, greffiers et avocats mobilisés. Depuis des années, tous les gouvernements, toutes étiquettes confondues, ont été avant tout soucieux de consacrer l’argent public à garantir les profits et la fortune de la bourgeoisie. Et si la conséquence est de rendre encore plus difficile la vie quotidienne du plus grand nombre, et en particulier des classes populaires, c’est bien le dernier de leurs soucis.

Aline URBAIN