Irak : encore et toujours le chaos

15 Décembre 2021

L’organisation État islamique (OEI), déclarée vaincue par les dirigeants impérialistes depuis 2017 en Irak et 2019 en Syrie, continue en fait de mener des attentats dans ces deux pays. Un rapport de l’ONU publié début 2021 fait état « d’une présence largement clandestine en Irak et en Syrie [de l’OEI qui] mène une insurrection soutenue de part et d’autre de la frontière entre les deux pays ».

En Irak, depuis une semaine, les milices de l’OEI attaquent chaque nuit des villages situés à l’ouest de la grande ville pétrolière de Kirkouk, une zone abandonnée par les forces armées du Kurdistan autonome et l’armée irakienne qui s’en étaient disputé longtemps le contrôle. La désagrégation de l’Irak, amorcée durant les années suivant la guerre déclenchée par l’impérialisme américain en 2003, se poursuit. Les milices de l’organisation État islamique s’engouffrent dans la brèche, comme elles l’ont fait en 2014. Sur 995 attaques comptabilisées entre le 1er janvier et le 20 octobre 2021 au niveau national, 655 se seraient déroulées dans ce triangle formé par les villes de Kirkouk, Salaheddine et Diyala.

D’après un haut responsable irakien travaillant pour la police fédérale, « la majorité des djihadistes agissant dans la région ont plus de 30 ans et sont des vétérans de Daech [ŒI], pour lequel ils ont combattu de 2014 à 2017. Ils n’ont pas été arrêtés, mais beaucoup sont identifiés et nous connaissons leur parcours. À ceux-là s’ajoutent des combattants plus jeunes qui n’ont pas participé à la guerre précédente ». L’État islamique n’a aucun mal à recruter de nouveau parmi des populations pauvres et sans avenir. Environ un tiers des quarante millions d’Irakiens vivent dans une très grande pauvreté. Le chômage a atteint le chiffre le plus élevé depuis une vingtaine d’années. Comme en 2014, l’organisation État islamique se renforce également sur la base de l’hostilité d’une partie de la population à un gouvernement fantoche et corrompu. Ainsi le 26 octobre, onze personnes ont été tuées dans le village d’Al-Rachad dans la province de Diyala qui compte parmi ses habitants de nombreux membres des forces de sécurité irakiennes au service de ce pouvoir largement contesté.

Mais les milices de l’État islamique ne sont pas les seules à maintenir des zones entières du pays dans une violence permanente. D’autres groupes armés concurrents soutenus par les puissances régionales comme la Turquie, l’Iran ou l’Arabie saoudite y contribuent également.

Dix-huit ans après l’invasion par l’armée américaine de l’Irak, de sa destruction méthodique et de l’instrumentalisation des divisions ethniques et religieuses, c’est bien l’impérialisme américain qui est le principal responsable de la situation catastrophique dans laquelle la population irakienne se trouve toujours.

Aline RETESSE