Afghanistan : un embargo criminel

15 Décembre 2021

L’Afghanistan subit une crise alimentaire grave, qui menace 23 millions de personnes sur 38 millions d’habitants.

Toutes les raisons, politiques, sociales et météorologiques, s’ajoutent pour créer ce chaos. La production agricole afghane est en chute à cause des effets cumulés des sécheresses de plus en plus graves et de décennies de guerre qui ont détruit les infrastructures et déstabilisé les marchés. Dans certaines régions, la culture du pavot, dont on extrait l’opium, a remplacé le blé car elle consomme moins d’eau et rapporte davantage. Les importations de céréales et l’aide alimentaire internationale ont été stoppées depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en août dernier.

Les 9,5 milliards de dollars de fonds de la banque centrale afghane sont bloqués par les États-Unis. Cela prive le nouveau régime des moyens pour acheter de la nourriture et cela provoque une pénurie générale d’argent liquide, qui alimente l’inflation. Même les dons de l’aide internationale ou les crédits de l’Unicef ou d’autres associations ne peuvent arriver jusqu’en Afghanistan, car tous les transferts de fonds sont bloqués. Les militaires, les fonctionnaires de l’ancien pouvoir, les enseignants n’ont pas été payés depuis trois mois. Des dizaines de milliers de femmes ont été interdites d’emploi, privant leur famille d’un salaire indispensable. Les hôpitaux sont en ruine, car ils n’ont pas d’argent pour payer l’électricité et les salaires du personnel et manquent de médicaments.

Dans plusieurs régions, y compris à Kaboul, la pauvreté est en train d’engloutir le pays. Des reportages insoutenables montrent l’agonie des enfants et le désespoir des parents : « J’ai vendu ma fille [en vue d’un mariage] parce que nous avons faim et que nous avons des dettes. Je l’ai fait parce que je n’avais pas le choix », a expliqué une mère.

Selon le Programme alimentaire des Nations unies, il suffirait de quelques centaines de millions de dollars pour nourrir les gens dans les prochains mois. Cette somme est à comparer aux 400 millions de dollars destinés à l’Afghanistan et bloqués par le FMI.

Xavier LACHAU