Ventes d’armes : silence, on tue

08 Décembre 2021

Avant la vente de 80 Rafale dernière génération à l’Arabie saoudite, le président Macron s’était déplacé le 25 novembre jusqu’à Zagreb pour signer la vente de douze Rafale d’occasion à l’armée croate. Les aéronefs sont fournis par l’armée française, ainsi que la formation des pilotes, le service après-vente, voire le papier cadeau et les fleurs.

Il ne s’agit pourtant pas d’un cadeau, même empoisonné, à la Croatie, qui devra payer un milliard d’euros, ou à l’Arabie saoudite, qui aligne les milliards de dollars. C’est évidemment d’abord un cadeau à Dassault, fabricant d’engins de mort et parasite, dont le président était aux côtés de Macron à Zagreb.

L’État français garantit la rente de l’avionneur, en lui achetant sa production, en lui servant de visiteur de commerce-démonstrateur, en avançant si besoin les fonds aux clients étrangers et en noyant l’opération dans un tissu de mensonges. Les Rafale servent à bombarder, à assassiner. Les armées égyptienne, grecque, indienne, croate et saoudienne les ont achetés dans ce but et la France les a utilisés en Libye, en Afghanistan, en Irak. C’est même parce que l’armée française les a utilisés qu’elle a réussi à les vendre !

Le jour où ces Rafale d’exportation seront impliqués dans un massacre de civils quelque part, le gouvernement français prétendra n’y être pour rien, avoir demandé des garanties, etc. C’est ce qu’il avait fait quand des navires de fabrication française, et partiellement manœuvrés par des Français, avaient été utilisés par la marine saoudienne pour le blocus, suivi de famine, au Yémen. C’est ce qu’il vient de faire à propos de la collaboration franco-égyptienne dans la surveillance de la frontière libyenne. Les services français fournissaient des images sur les convois traversant la zone, au prétexte de surveiller des groupes terroristes. L’armée égyptienne ainsi renseignée est accusée par un gradé français d’avoir tiré sur tout ce qui bougeait, civils compris. L’armée française aurait ainsi contribué à 19 de ces attaques, entre 2016 et 2018.

Le même officier affirme que les responsables français, mis au courant, n’ont pas interrompu l’opération car elle faisait partie d’un accord plus vaste portant sur les ventes d’armes françaises à l’Égypte, dont les Rafale et les navires de guerre. L’affaire est publique depuis le 25 novembre et, à ce jour, les responsables politiques ont prétendu ne rien savoir, ou sont restés silencieux.

Dassault, ses collègues de l’industrie d’armement, l’armée française et les gouvernements ne se contentent pas de promouvoir et d’utiliser des engins de morts. Ils tuent ou laissent tuer pour faire marcher leur sinistre commerce et mentent pour le dissimuler.

Paul GALOIS