Nouvelle-Calédonie : un référendum pipé

08 Décembre 2021

Malgré l’opposition de l’ensemble des partis kanak, le gouvernement français a décidé de maintenir dimanche 12 décembre le troisième et dernier référendum prévu dans le cadre des accords de Nouméa, celui qui doit trancher sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie.

Fin octobre, les partis kanak avaient demandé le report de ce référendum, annonçant qu’ils appelleraient à ne pas y participer si le gouvernement persistait. Ils argumentaient qu’il leur était impossible de mener leur campagne électorale, en raison de l’épidémie de coronavirus qui a fait 271 morts, aux deux tiers au sein des communautés kanak et océanienne, et du deuil d’une année décidé par le sénat coutumier kanak.

Mais ni l’annonce de ce deuil, ni la menace d’abstention des partis de ceux qui sont pourtant les premiers concernés, colonisés depuis 168 ans, n’ont ému ni ébranlé le gouvernement. Celui-ci a d’autres priorités. En maintenant la date du 12 décembre, Macron a choisi ouvertement le camp de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie caldoche, le camp des loyalistes. Le gouvernement, comme ces loyalistes, sont pressés d’en finir avec un processus qui a vu leur avance sur les indépendantistes se réduire de 56 % à 53 % entre le premier et le deuxième référendum, les indépendantistes gagnant des partisans au sein des Océaniens et des immigrés de France. L’élection présidentielle approchant, Macron veut aussi pouvoir mettre à son bilan la clôture de ce processus et le rejet de l’indépendance, tout en réaffirmant la présence de l’impérialisme français dans le Pacifique.

Les partis kanak appellent de leur côté non pas au boycott mais à une « non-participation » des Kanak au référendum, des mots soigneusement choisis. Ces partis nationalistes ne cherchent pas à mobiliser les Kanak comme cela avait été le cas avec les boycotts­ actifs des années 1980, quand ceux-ci dressaient des barrages et cassaient des urnes pour s’opposer à des scrutins dont le résultat était connu d’avance. Ils appellent à l’abstention dans le « calme et le civisme », s’inscrivant dans le cadre défini par l’État français. Ils n’ont produit aucun matériel électoral mais affirment qu’ils assureront le bon déroulement des opérations électorales. Ils tenteront d’utiliser la non-participation des Kanaks et la non-légitimité du résultat pour peser dans les négociations sur les nouvelles institutions de l’archipel, prévues en cas de rejet de l’indépendance.

Dans ces conditions, l’indépendance ne peut l’emporter. Mais les travailleurs et les pauvres kanak ne seraient libérés ni de l’exploitation, ni même des discriminations par l’indépendance. Ce que sont devenues les anciennes colonies est là pour le prouver. En Nouvelle-Calédonie, les partis kanak sont prêts à toutes les formes d’association avec la France, et le pouvoir resterait entre les mains de la bourgeoisie, française, caldoche, avec la collaboration de cette petite bourgeoisie kanak qui voudrait que sa part soit la plus grande possible.

Mais si le résultat du 12 décembre est connu d’avance, la réaction de la jeunesse et des pauvres kanak révoltés par le mépris colonial des autorités françaises l’est moins. Pour le scrutin et ses suites, l’État français a mobilisé 2 000 militaires répartis sur les points stratégiques de l’archipel, un chiffre considérable pour une population de 270 000 habitants.

Serge BENHAM