États-Unis–Chine : une tension entretenue

08 Décembre 2021

Trois semaines après le sommet virtuel qui avait permis au président américain de s’adresser directement à son homologue chinois, Joe Biden a décidé d’un boycott diplomatique des Jeux olympiques d’hiver que la Chine organise en février prochain.

La tension que les États-Unis imposent en Asie orientale et dans le Pacifique et la pression qu’ils exercent en permanence sur la Chine prennent bien des formes. Elles ont parfois une apparence mielleuse, comme lorsque le 15 novembre Biden disait à Xi Jinping, par écran interposé, que « la compétition entre les deux pays ne devait pas se transformer en un conflit, qu’il soit intentionnel ou non ». Ce à quoi le président chinois répondait à son « vieil ami » : « La Chine et les États-Unis doivent améliorer leur communication et leur coopération. »

Souvent, le ton est nettement plus menaçant, Biden laissant entendre que les États-Unis se tiendront derrière Taïwan, y compris militairement, en cas de conflit avec la Chine. Comme elle l’a fait fin novembre, avec 34 navires, dont un porte-avions, la marine américaine appuie régulièrement ces menaces par des manœuvres aéronavales massives avec ses alliées, dont parfois la marine française, à la limite des eaux territoriales chinoises ; tout en faisant mine de s’offusquer que les navires chinois patrouillent aux abords des côtes chinoises.

Il est aussi classique pour les dirigeants américains d’accuser la Chine et les Chinois de tout ce qui va mal. Le climat se dérègle ? C’est de la faute aux Chinois trop nombreux. Des emplois sont détruits, les salaires sont trop bas et les prix trop élevés ? C’est à cause de la Chine. Ce qui permet d’exonérer les capitalistes américains de leurs responsabilités.

Ainsi, face à Xi Jinping, Biden a proclamé « la nécessité de protéger les industries et les travailleurs – en fait les patrons – américains des pratiques économiques et commerciales déloyales de la Chine ». Il y a là une continuité antichinoise parfaite avec l’ère Trump. Biden partage avec son prédécesseur le besoin de faire oublier une impopularité croissante par une posture de fermeté contre la Chine supposée gagnante électoralement.

C’est donc officiellement pour dénoncer les violations des droits de l’homme et l’oppression des Ouïghours du Xinjiang que les diplomates américains n’accompagneront pas aux Jeux d’hiver les athlètes, qui ne s’en porteront peut-être pas plus mal. La sanction est dérisoire, mais vient appuyer les menaces bien plus lourdes de conséquences, qui font craindre au monde qu’elles ne débouchent un jour sur une guerre à grande échelle.

Lucien DÉTROIT