Afrique : l’armée française indésirable

02 Décembre 2021

Les manifestations contre la présence militaire française en Afrique ont continué au Niger, après le Burkina Faso. Les soldats français qui accompagnaient un convoi militaire à destination de la base française de Gao au Mali, sont soupçonnés d’être responsables de la mort d’au moins deux manifestants.

Pour apporter régulièrement du matériel lourd aux soldats de l’opération Barkhane stationnés dans cette base, l’armée française a déterminé un trajet de 2 000 km, qu’elle a baptisé « la voie sacrée ». Elle sillonne ses anciennes colonies, partant de la Côte d’Ivoire et rejoignant le Mali, en passant par le Burkina Faso et le Niger. Ce n’était pas la première fois qu’un convoi conséquent, comportant 90 poids lourds et une centaine de soldats chargés de sa protection, impose son passage aux populations.

C’est cependant la première fois que des manifestants s’en prennent aussi clairement à la présence militaire française. Pendant une semaine, la population burkinabé a bloqué le convoi et obligé les militaires français à se retrancher derrière l’enceinte grillagée d’un ancien site minier. Après avoir repris sa route, le convoi a été de nouveau arrêté par des manifestations importantes dans la ville de Téra au Niger.

Les propos du chef de ce convoi montrent l’inquiétude du haut commandement face à cette hostilité tout en étant empreints de l’éternel mépris colonial face au ressenti des populations. « J’estime avoir à faire face à une véritable guérilla urbaine, a-t-il dit (…) Des insultes et une volonté de ne pas nous voir sur leur territoire, de faire marche arrière. On ne savait pas ce qu’ils attendaient de nous. Certains nous accusaient d’alimenter les terroristes. Je suis persuadé que la veille, on a eu des sourires, des saluts, et que du jour au lendemain la situation dégénère sans véritable explication. »

L’explication est pourtant on ne peut plus claire. Les populations savent parfaitement que la présence militaire française ne sert pas à les protéger des bandes armées djihadistes. Elles savent aussi que la France soutient depuis toujours les bandes armées des gouvernements qu’elle a mis en place ou qu’elle soutient et qui sont tout aussi violentes avec les civils, du fait de la corruption entre autres. Elles savent que les soldats sont là pour protéger les intérêts miniers – le Burkina possède ainsi une des plus grandes mines de manganèse au monde et le Niger les mines d’uranium d’Areva –, les intérêts des capitalistes du transport comme Bolloré, installé dans toute l’Afrique de l’Ouest, ceux de banques comme la Société générale, omniprésente en Côte d’Ivoire.

Et d’ailleurs, le fait que ces manifestations se sont soldées par des morts montre que l’armée française se préoccupe de se protéger des populations, pas de les protéger ! L’État français craint plus l’hostilité de la population face à sa présence que des bandes terroristes avec lesquelles il finira peut-être par s’entendre.

Marion AJAR