Algérie : une attaque contre les classes populaires

24 Novembre 2021

En Algérie, le 17 novembre, les députés ont voté pour 2022 une loi de finances, dont un article vise à mettre un terme aux subventions de l’État sur les produits alimentaires de base, comme le sucre, le lait, l’huile et les produits céréaliers, mais également sur l’eau, le gaz, l’électricité et le logement.

Pour les classes populaires, déjà confrontées à une crise sociale aiguë, cette annonce est une catastrophe. Le pouvoir d’achat s’est effondré, avec une inflation qui frappe déjà les produits alimentaires. Ainsi, les pâtes, le riz, le poulet ou les œufs ont vu leur prix doubler, les fruits et légumes de saison sont devenus inaccessibles pour beaucoup.

Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, justifie cette décision par la nécessité de lutter contre le gaspillage et prétend aider les plus démunis par une aide spécifique. Mais c’est bien l’immense majorité de la population, travailleurs de l’État, ouvriers, petits commerçants, agriculteurs, qui a du mal à s’en sortir. Faire ses courses pour nourrir sa famille est un casse-tête pour de nombreux travailleurs, à commencer par ceux qui sont au chômage.

Selon le Forum des chefs d’entreprise (FCE), l’équivalent du Medef, un million de travailleurs ont perdu leur emploi depuis 2020, sans qu’aucune allocation chômage ne vienne compenser la perte de revenu. Quant aux travailleurs qui touchent le salaire minimum de 18 000 dinars (90 euros), soit trois euros par jour, acheter des produits frais, de la viande ou des légumes est un luxe. Aussi la flambée du prix de la pomme de terre, un produit très consommé en Algérie, qui a triplé, presque jusqu’à un euro le kilo, a alimenté la colère.

Tout en menaçant de prison les spéculateurs, Tebboune a fait mettre en vente des stocks limités de pommes de terre à 50 dinars (0,25 euro), pour empêcher que cette colère sociale ne s’exprime. Il a également fait inscrire dans la loi de finances la suppression de l’IRG (impôt sur le revenu), pour ceux dont les revenus sont inférieurs à 30 000 dinars (150 euros), et une baisse pour les revenus inférieurs à 35 000 dinars. Les travailleurs attendent de voir comment cela se traduira sur leur fiche de paye.

Malgré la remontée récente des cours du pétrole, les marges de manœuvre dont l’État algérien disposait avec la manne pétrolière se sont amenuisées. Pour répondre aux exigences des classes dominantes algériennes et du FMI, Tebboune présente la note aux classes populaires, par une politique d’austérité drastique. Les aides ciblées, si elles arrivent vraiment dans la poche des travailleurs, ne compenseront ni l’inflation ni la fin des subventions. La baisse de l’IRG ne coûtera rien au patronat algérien et aux grands groupes internationaux présents dans le pays, eux qui ont largement profité des subventions sur le gaz, le sucre et l’huile…

Grâce à l’installation d’usines de sucre profitant d’une énergie bon marché, l’Algérie est devenue la porte d’entrée pour ce produit en Afrique. Des groupes comme Cristal Union s’y sont installés et exportent des produits alimentaires à moindre coût. L’homme le plus fortuné du pays, Issad Rebrab, a fait sa fortune en contrôlant 70 % des parts de marché dans l’huile et le sucre. L’État algérien continuera à soutenir le patronat avec des sommes autrement plus importantes que les subventions sur les produits alimentaires, qui en définitive ne représentent qu’un montant dérisoire au regard des milliards pillés et détournés par les classes aisées.

Pour éviter de sombrer dans une pauvreté qui se généralise, les travailleurs devront imposer l’augmentation des salaires et des pensions, et leur indexation sur les prix.

Leïla Wahda