AESH : non à la mobilité forcée !

24 Novembre 2021

Expérimentés dans plusieurs départements depuis 2019, des pôles regroupant plusieurs établissements d’enseignement sont progressivement mis en place, obligeant les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), au nombre de 125 000 à l’échelle du pays, à une mobilité forcée.

Par lettre recommandée, par un papier à rendre au chef d’établissement ou par un simple mail, l’Éducation nationale leur demande de signer, sous menace de licenciement, un avenant à leur contrat de travail. Il leur signifie qu’elles ne sont plus affectées à une seule école mais à un « pôle inclusif d’accompagnement mutualisé » (PIAL) qui regroupe plusieurs établissements : écoles et éventuellement collège et lycée. Les AESH, à 90 % des femmes, font partie du personnel indispensable à l’éducation. Elles sont soumises à la précarité et à un salaire indigne. Elles doivent effectuer deux CDD de trois ans chacun avant de pouvoir espérer un CDI, le plus souvent à temps partiel, avec une paye basée sur le smic horaire se montant à 760 euros par mois en moyenne pour 24 ou 26 heures hebdomadaires. Certaines d’entre elles pouvaient compléter un peu leur salaire par des heures à l’accueil des élèves ou à la cantine, ce qui n’est plus possible dès lors qu’elles peuvent être déplacées du jour au lendemain.

Jusqu’à ces dernières années, le nombre d’heures d’accompagnement des élèves souffrant de handicap était défini pour chacun d’eux. En principe, une AESH suivait deux ou trois élèves, ce qui permettait de bien les connaître, d’établir une relation de confiance même avec ceux atteints de troubles du comportement. Le système se heurtait au manque d’effectifs suffisants pour répondre aux besoins. En Seine-Saint-Denis, 24 000 heures d’accompagnement n’étaient pas honorées, y compris dans des classes surchargées. Mais désormais, il n’est plus question de tenir compte des besoins individuels de chaque enfant ni même de faire semblant. Pour chaque pôle de regroupement, un coordonnateur dispose d’une enveloppe budgétaire, il répartit au jour le jour les AESH avec les moyens du bord.

L’Éducation nationale a étalé sur plusieurs années l’application de cette mobilité forcée, sans doute parce qu’elle craint une réponse collective des AESH. Elles ont déjà à leur actif plusieurs journées de mobilisation et de grève contre la précarité et pour un salaire permettant de vivre. Elles ont la compréhension de nombreux parents qui, eux aussi, ont commencé à réagir, ce n’est certainement pas fini.

Jean SANDAY