Salaires : des augmentations à imposer

17 Novembre 2021

Selon Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, et alors que vont commencer les négociations annuelles obligatoires (NAO) entre les patrons et les syndicats, « beaucoup d’entreprises augmenteront les salaires en 2022 ».

Est-ce une invitation à demander aux dirigeants du secteur privé d’augmenter les salaires, voire à l’État d’intervenir pour les obliger à compenser les pertes occasionnées à la fois à cause des prix qui s’emballent et de la perte de ressources causée par le confinement ? Certainement pas, le patron des patrons reste le défenseur de la « libre entreprise ». Tout au plus constate-t-il que, face à la pénurie de main-d’œuvre dans la restauration et le bâtiment, les dirigeants d’entreprise de ces secteurs seront bien forcés de donner un coup de pouce aux salaires particulièrement bas s’ils veulent pouvoir recruter. De même, tous ceux qui étaient en chômage partiel, avec un salaire lui aussi partiel, gagnent forcément plus en étant revenus à temps complet.

Roux de Bézieux parie aussi sur les primes, à commencer par la prime Macron défiscalisée, à laquelle s’ajoutent celles « qui seront versées dans beaucoup d’entreprises ». Ainsi, celles d’intéressement et de participation, affirme-t-il, vont augmenter à cause des « très bons résultats 2021 » de ces entreprises. Comme si l’accroissement des profits patronaux entraînait automatiquement une hausse de salaire pour les travailleurs ! Au contraire, c’est parce qu’ils tondent leurs salariés que les grands patrons s’enrichissent, ils ne vont pas spontanément rendre d’une main ce qu’ils leur ont volé de l’autre.

Derrière ce tableau mirifique de l’économie de marché, les travailleurs de nombre d’entreprises, privées ou publiques, constatent, eux, une chute de leurs ressources salariales à chaque fin de mois, due à un blocage de leur salaire venant après les pertes dues au confinement, ou conjuguée à une diminution importante des primes. Cette baisse du revenu mensuel peut aller jusqu’à plusieurs centaines d’euros, pendant que les énergies, l’alimentation, le textile et dernièrement le blé, entre autres produits de consommation courante, continuent leur course inflationniste.

Les contes mensongers de Roux de Bézieux ne peuvent masquer qu’en réalité les classes laborieuses ne cessent de s’appauvrir. Alors, attendre une hausse de ressources d’une hypothétique reprise économique peut tromper ceux qui n’ont aucun souci d’argent, mais pas les travailleurs pour qui la fin du mois arrive de plus en plus tôt. Quel que soit leur secteur d’activité, ceux-ci doivent se retrouver autour de la revendication commune d’une hausse des salaires conséquente, d’au moins plusieurs centaines d’euros par mois, garantie par une échelle mobile qui tienne réellement compte des hausses de prix.

Marianne LAMIRAL