Moderna : les vaccins, ça rapporte

17 Novembre 2021

Le PDG du laboratoire pharmaceutique Moderna, le français Stéphane Bancel, a reçu le prix du « Stratège de l’année » décerné par le journal Les Échos et parrainé par son propriétaire, le milliardaire Bernard Arnault.

Bancel, qui s’est enrichi de façon fulgurante en vendant très cher son vaccin en pleine épidémie mondiale de coronavirus, méritait bien la reconnaissance des siens. Créée en 2011, sa société était au départ une start-up misant sur une nouvelle technologie révolutionnaire, celle de l’ARN messager. Cette technologie avait été développée pendant des dizaines d’années dans des laboratoires de recherche publics aux États-Unis et ailleurs. Mais Moderna a su s’approprier les découvertes en déposant les brevets qu’il fallait.

Avant l’épidémie de Covid-19, le PDG de Moderna avait aussi su « vendre du rêve [de profits] aux investisseurs » comme le dit le journal qui lui a décerné son prix. Mais, pendant dix ans, l’entreprise n’avait commercialisé aucun médicament. La valeur de son action en Bourse était avant tout le résultat de la spéculation dans ce secteur.

Quand le coronavirus est arrivé, Donald Trump, pour aider les trusts pharmaceutiques américains à prendre de vitesse leurs concurrents dans la mise au point d’un vaccin, a mis en place une structure étatique chargée de distribuer près de 10 milliards de dollars d’aides publiques. Pour récupérer ces aides, Moderna, qui n’était pas le plus gros laboratoire, loin de là, avait un atout dans sa manche : le responsable de la structure était un ancien dirigeant de Moderna, toujours actionnaire et très lié à Bancel.

Grâce aux subventions et aux précommandes de vaccins par l’État américain, Moderna est alors passé dans la cour des grands. Alors qu’en 2019 son chiffre d’affaires était de 60 millions de dollars, il est passé à 800 millions de dollars en 2020 et devrait être compris entre 15 et 18 milliards de dollars cette année. Le laboratoire a en effet profité du prix extrêmement élevé de son vaccin, vendu de 15 à 20 euros la dose pour un coût de fabrication d’un euro ou moins. En Bourse, l’action s’est envolée et la capitalisation du laboratoire atteint presque les 100 milliards de dollars.

Dans cette histoire tout est exemplaire : l’accaparement des résultats de la recherche publique, l’ampleur des subventions étatiques, l’engouement spéculatif et les surprofits réalisés grâce aux prix exorbitants des vaccins. Ainsi se font les fortunes.

Pierre ROYAN