Mayotte : droit du sol et mépris colonial

17 Novembre 2021

En tournée électorale à Mayotte, Michel Barnier, prêt à toutes les surenchères avec les autres candidats LR sur le terrain de la lutte contre l’immigration, a proposé de supprimer le droit du sol dans ce département français.

Barnier n’est pas le premier à vouloir priver de la nationalité française, avec les droits et possibilités de déplacements qu’elle peut leur conférer, les jeunes nés à Mayotte de parents étrangers. Depuis vingt ans, cette proposition revient régulièrement sous prétexte d’endiguer l’arrivée de migrants venus des autres îles de l’archipel des Comores, ex-colonie française indépendante depuis 1974 et encore plus pauvre que Mayotte.

Cette entorse au droit du sol est partiellement mise en œuvre, depuis 2018, à la demande du sénateur macroniste de Mayotte. En effet, en plus d’avoir vécu au moins cinq ans sur le territoire entre 11 et 18 ans, condition imposée aussi en métropole, un jeune né sur l’île ne peut acquérir la nationalité française à sa majorité qu’à la condition que l’un de ses parents y ait vécu plus de trois mois continus en situation régulière avant sa naissance. Darmanin a déjà promis, fin août, de porter cette durée à un an, ce qui n’empêchera pas les Comoriens de tenter de venir à Mayotte mais rendra leur vie et celle de leurs enfants encore plus dures.

Barnier ou Darmanin prétendent répondre à l’inquiétude des 400 000 habitants de Mayotte confrontés à la pauvreté, au chômage, au sous-équipement dans tous les domaines et à la pénurie de logements en s’en prenant aux étrangers, avec ou sans papiers, qui représentent la moitié de la population. C’est d’autant plus cynique que l’État français est directement responsable de ce sous-développement. Pour pouvoir déployer ses navires de guerre, jouer aux grandes puissances ou exploiter les ressources naturelles sur ses eaux territoriales dans les océans Indien et Pacifique, l’impérialisme français tient à sa souveraineté sur Mayotte, La Réunion, la Nouvelle-Calédonie et tous les territoires de Polynésie. Mais les dirigeants français, comme au bon vieux temps des colonies, profitent de ces îles tout en refusant d’investir dans des écoles, des centres de santé, des réseaux d’eau potable, des logements dignes. Même les prestations sociales sont inférieures à Mayotte par rapport à la métropole.

Les gouvernants français méprisent les populations pauvres des territoires d’outre-mer encore plus que les travailleurs de la métropole car elles vivent loin de leurs ministères, de leurs sièges sociaux et plus encore des ghettos de riches. Cela n’empêchera pas les révoltes !

Xavier LACHAU