Éthiopie : la guerre des cliques dirigeantes

17 Novembre 2021

Un an après le début de la guerre déclenchée par le président éthiopien Abiy Ahmed pour s’opposer à la sécession de l’État régional du Tigré, le conflit embrase aujourd’hui les régions voisines avec des conséquences dramatiques pour la population.

Contrairement à ce que proclamait alors Abiy Ahmed, la guerre n’a pas pris fin avec le bombardement et la prise de la capitale régionale tigréenne Mekele en novembre 2020. Le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) a continué le combat et repris la ville en juin dernier. L’armée d’Abiy Ahmed a alors mis en place un blocus autour du Tigré pour tenter de réduire la résistance en empêchant toute entrée de vivres et de médicaments dans la région. Mais les troupes du TPLF ont réussi à briser ce barrage et ont pénétré dans d’autres régions.

Cette année de guerre a été un enfer. La famine a touché plusieurs centaines de milliers de personnes, privées même de l’aide humanitaire internationale. Les armées des deux camps ont multiplié les exactions et des viols ont accompagné la prise des grandes villes ou des villages. Dans cette triste besogne l’armée de l’Érythrée voisine est venue prêter main-forte à celle d’Abiy Ahmed. Mekele et d’autres villes importantes sont régulièrement bombardées par l’aviation éthiopienne.

Des réfugiés venus des régions en guerre ont afflué dans la capitale Addis-Abeba. La misère est partout visible dans les rues, alors que la population a déjà été lourdement éprouvée par la hausse considérable des prix intervenue ces derniers mois. La police rafle les jeunes qui traînent et qui n’ont pas de carte d’identité sur eux, qui sont principalement des réfugiés. Parfois très jeunes, ils sont envoyés combattre le TPLF et utilisés comme chair à canon par l’armée éthiopienne.

Dans la capitale ­Addis­-­Abeba tous les biens des Tigréens ont été confisqués. Abiy Ahmed tente de susciter l’union nationale autour de sa personne en s’appuyant sur le mauvais souvenir laissé par les dirigeants tigréens lorsqu’ils étaient au pouvoir avant lui. Ils monopolisaient alors les fonctions publiques et les places lucratives dans l’économie, et la plupart des habitants de la capitale n’ont nulle envie de les voir revenir et piller à nouveau les ressources de l’État fédéral.

Les grandes puissances, et en premier lieu les USA, menacent maintenant l’Éthio­pie de sanctions si un ­cessez-le-feu n’intervient pas. Leurs dirigeants se moquent pourtant bien de la population éthiopienne. Pour eux, le pays est avant tout le lieu où ils peuvent bénéficier de la main-d’œuvre la moins chère d’Afrique pour faire tourner des usines fournissant les grandes marques de prêt-à-porter. Des ouvrières chassées de leurs campagnes pour faire place à des plantations elles aussi aux mains du capital étranger s’y épuisent jour et nuit. Pour que cela continue, il faut une certaine stabilité. Abiy Ahmed l’a apportée lors de son arrivée au pouvoir en mettant fin à la guerre avec l’Érythrée voisine et en a été remercié par le prix Nobel de la paix. Mais aujourd’hui il compromet les investissements par cette guerre. C’est ce que l’impérialisme lui reproche.

La population pauvre éthiopienne, elle, n’a rien à attendre de bon ni d’Abiy Ahmed, ni des dirigeants tigréens. Tous ont largement prouvé que leur seule ambition était de s’enrichir en servant d’intermédiaire au capital étranger. Ils n’hésitent pas, pour accaparer le pouvoir, à jeter la population dans une guerre fratricide et sanglante, prélude peut-être à un conflit régional avec l’Érythrée devenue partie prenante du conflit.

Pour la population et les travailleurs d’Éthiopie, toutes régions et ethnies confondues, en finir avec les horreurs de la guerre et de l’exploitation impliquerait de s’unir pour se débarrasser de tous ces dirigeants.

Daniel MESCLA