Gaz : le gouvernement protège les profits

09 Novembre 2021

Le 5 novembre, en fin de soirée, le gouvernement a fait voter en catimini à l’Assemblée nationale une aide financière aux trusts fournisseurs de gaz, sous prétexte de compenser leur manque à gagner à la suite du blocage du prix du gaz jusqu’à la fin de l’année 2022.

Il y a en effet un mois, le Premier ministre, Castex, a annoncé la création d’un « bouclier tarifaire », notamment pour le gaz, qu’il faudrait plutôt appeler « bouclier passoire », car le gouvernement l’a mis en place alors que le gaz avait déjà augmenté de plus de 60 % en un an !

Ce bouclier est dénoncé par les fournisseurs de gaz en France, qui craignent de perdre avec lui des possibilités de bénéfices. Il n’existe aucun gisement de gaz naturel exploitable sur le territoire, mais une quarantaine d’entreprises achètent du gaz sur le marché dit de gros et le revendent ici aux particuliers ou aux entreprises. Ces fournisseurs sont des grandes entreprises comme Engie (deux tiers des utilisateurs), TotalEnergies, Antargaz... ou de plus petits ayant moins de 300 000 clients. Leurs bénéfices dépendent de leurs talents en matière de spéculation et des différences entre les prix d’achat du gaz sur le marché mondial et les prix de revente. Mais, actuellement, les prix d’achat flambent et donc tous sont venus se plaindre au gouvernement de cette catastrophe, voire dire qu’ils risquaient de faire faillite.

Si cela est peut-être vrai pour quelques-uns des petits fournisseurs, les autres sont des mastodontes gavés de profits, notamment grâce à la hausse des prix des matières énergétiques. Engie a ainsi réalisé un bénéfice net de 2,3 milliards d’euros sur le premier semestre 2021 et le groupe pétrolier italien ENI près de 1,2 milliard d’euros rien que sur le 3e trimestre. Quant à TotalEnergies, il les dépasse tous avec 4,6 milliards sur le dernier trimestre, 23 fois plus par rapport à la période correspondante de 2020 !

Macron et Castex, en bons serviteurs des capitalistes, leur offrent donc sur un plateau cette aide financière estimée à près de 1,2 milliard d’euros à partir de juillet 2022. Quant à ceux considérés comme les « petits », ils prévoient même de leur faire une avance de trésorerie, à partir de février 2022. Quand il s’agit d’arroser de cadeaux les capitalistes, le concept de « petits patrons » peut devenir très extensif !

L’argent des impôts payés par les classes populaires va ainsi servir à dédommager les capitalistes d’un blocage des prix censé protéger celles-ci. La boucle est bouclée.

Arnaud LOUVET