Chômeurs et précaires : au bon vouloir du patronat

09 Novembre 2021

Des travailleurs précaires, intérimaires, saisonniers ou privés d’emploi subissent au quotidien la politique du gouvernement, une politique qui considère chaque privé d’emploi comme quelqu’un qui ne veut pas travailler, alors que les pouvoirs publics prétendent que des centaines de milliers d’emplois restent ainsi vacants.

On a ainsi l’exemple de salariés travaillant depuis plusieurs années comme saisonniers dans une usine de conserverie, et qui ont reçu des demandes d’explication par mail et téléphone. Il leur est demandé de justifier… pourquoi ils ne travaillent pas toute l’année. La position de saisonnier pour nombre d’entre eux n’est évidemment pas choisie. C’est au patron que Pôle emploi devrait s’adresser pour savoir pourquoi il a recours toute l’année à des travailleurs intermittents.

Autre exemple : alors que Pôle emploi sert d’intermédiaire pour les recrutements, des salariés inscrits au chômage sont donc convoqués pour postuler. Pour l’un d’eux, l’entretien se passe bien et il doit commencer quelques jours plus tard. Mais, à la veille du début prévu du contrat, il reçoit un message laconique de l’entreprise l’informant qu’il est inutile de venir et qu’il sera recontacté ultérieurement, sans pouvoir savoir si l’entreprise a choisi quelqu’un d’autre, ou si elle a tout simplement renoncé au CDI proposé.

Les difficultés liées au calcul des indemnités de travailleurs qui alternent chômage et emploi génèrent des erreurs. Les salariés de Pôle emploi se retrouvent démunis face à la détresse des travailleurs. Un salarié de Laon dans l’Aisne, ayant eu un trop-perçu de plus de 800 euros, s’est ainsi vu retirer cette somme de ses allocations chômage en une fois, sans aucun délai de prévenance. Alors que l’erreur venait de Pôle emploi, il n’a pas reçu de courrier l’informant de cette erreur et aucune possibilité de rembourser petit à petit cette somme ne lui a été donnée : selon Pôle emploi, le retrait est informatisé. Combien de salariés peuvent vivre si on leur retire 800 euros du jour au lendemain ?

Les pressions se font aussi plus fortes contre ceux qui perçoivent l’allocation de solidarité spécifique (ASS) versée par Pôle emploi, ou le RSA versé par les départements. Ainsi, une travailleuse d’une entreprise de textile, licenciée pour inaptitude et percevant l’ASS au bout de quelques mois de chômage, s’est vue convoquée pour faire le point sur sa situation. Alors qu’elle effectue des heures de bénévolat pour une association caritative, Pôle emploi lui adresse des menaces à peine voilées de suspension de son ASS si elle ne cherche pas activement des heures de travail rémunérées. À l’inverse, les services du département de l’Aisne, qui suivent les chômeurs longue durée percevant le RSA, commencent à imposer quelques heures de bénévolat…

Il n’y a aucun contrôle véritable sur le patronat, mais celui qui s’exerce sur les chômeurs se fait pressant, afin de ne leur laisser même plus le choix d’accepter ou non le travail qu’on leur propose.

Inès Rabah