Taxation des multinationales : une duperie

03 Novembre 2021

Le G20 a donné son feu vert à une taxation mondiale des multinationales à hauteur de 15 %. Tous ces dirigeants des États capitalistes les plus puissants de la planète seraient-ils devenus partisans de faire payer les riches ? Pas vraiment.

Derrière la tentative d’instituer cet impôt mondial, qui est encore loin d’aboutir, il y a avant tout une opération des États impérialistes pour récupérer le plus possible de l’infime part de profits que les grands groupes acceptent de céder sous forme d’impôt.

En matière d’impôt, les capitalistes sont croyants, mais pas pratiquants. Ils sont pour que l’État prélève des impôts pour remplir ses caisses, dans lesquelles ils puiseront, tout en se débrouillant, eux, pour en payer le moins possible.

Et, à ce petit jeu entre les capitalistes et leur propre État, les plus puissants sont les mieux lotis. En France, le taux d’imposition sur les sociétés est officiellement de 26,5 %, mais le taux d’imposition effectif des géants du CAC40 est de moins de 10 %. Ce chiffre est encore loin de la réalité, car les plus grands groupes, comme Total­Energies, négocient leurs impôts en secret avec l’État.

À l’échelle mondiale, la rivalité entre États capitalistes joue aussi pour récupérer l’argent des impôts de ces sociétés. Avec la financiarisation de l’économie et la possibilité d’envoyer en un clic des milliards d’euros à l’autre bout du monde, les États, pour tenter d’obtenir que les grands groupes continuent à leur payer des impôts, ont été obligés de faire du dumping fiscal, en abaissant de plus en plus le taux d’imposition des sociétés. En 1985, le taux moyen de cet impôt dans le monde était de 50 %, aujourd’hui, il est de 22 %. En instaurant un impôt général minimal de 15 % à l’échelle mondiale, même si les gouvernements prétendent qu’ils vont récupérer plus d’argent des multinationales, globalement ils sont allés encore dans le sens d’un abaissement moyen du taux d’imposition.

Et surtout, avec cette réforme, les États des pays riches, à commencer par les États-Unis, ont tiré la couverture à eux. Selon une étude, sur les plus de 200 milliards de recettes fiscales supplémentaires attendues grâce à cet accord mondial, 95 % tomberaient dans les caisses des États des pays développés, dont 40 % pour l’Amérique du Nord (États-Unis, Canada, Mexique) et 40 % pour les pays de l’Union européenne.

On comprend mieux ainsi pourquoi les dirigeants du G20 se sont félicités de leur « accord historique », Angela Merkel précisant même qu’il s’agissait d’un « signal clair d’équité ». Entre représentants des grandes puissances, tous étaient satisfaits de leur partage du magot.

Pierre ROYAN