Nouvelle-Calédonie : épidémie, référendum et mépris colonial

27 Octobre 2021

En Nouvelle-Calédonie, l’épidémie de coronavirus qui sévit depuis début septembre vient bousculer la campagne électorale du troisième référendum, celui qui doit, selon les accords de Nouméa de 1 998, décider ou rejeter définitivement l’indépendance de l’archipel.

Ce troisième référendum doit se tenir le 12 décembre. Pour les partis nationalistes kanaks, l’enjeu est important. Si les partis anti-indépendantistes regroupant essentiellement les Caldoches, ces descendants de Français venus de métropole, ont été majoritaires à 56 % lors du premier référendum en 2018, cette majorité s’est réduite à 53 % lors du second, en octobre 2020, le oui à l’indépendance n’ayant plus que 10 000 voix de retard sur le non. Cette progression du oui fut le résultat du ralliement d’une partie des communautés venues des îles du Pacifique à la cause indépendantiste, mais aussi de la mobilisation de la jeunesse kanake, témoignant de sa révolte face à la situation coloniale que leur impose toujours l’impérialisme français, 170 ans après avoir envahi ces îles.

L’objectif des accords de Matignon en 1988, comme ceux de Nouméa en 1998, était de pérenniser la présence française en Nouvelle-Calédonie. Face à la révolte des Kanaks des années 1980 et après l’assassinat de 19 militants indépendantistes par l’armée française en 1987, ces accords prévoyaient de repousser de vingt ans la question de l’indépendance, au travers de trois référendums. L’impérialisme français se donnait ainsi du temps pour tisser des liens avec la petite bourgeoisie kanake, en lui faisant une place dans les entreprises et dans les institutions de l’archipel. Il cherchait à préserver ses intérêts même si l’indépendance était un jour formellement décidée.

La date du 12 décembre a été imposée par le gouvernement français. Juste un an après le référendum de 2020, il s’agissait de faire le plus vite possible pour que le non à l’indépendance ne recule pas plus. Mais, alors que l’archipel n’avait jusque-là pas été touché par l’épidémie de coronavirus, celle-ci a fait plus de 250 morts depuis septembre, frappant durement les Kanaks et les démobilisant de la campagne électorale. Les partis indépendantistes demandent dorénavant le report du scrutin, menaçant d’appeler au boycott s’il était maintenu à la date prévue, tandis que les anti-indépendantistes exigent au contraire son maintien.

Ignorant les demandes kanakes, le gouvernement a commencé le déploiement des 2 000 gendarmes, qui doivent arriver de métropole pour le scrutin. Argumentant que la vague épidémique se termine, le gouvernement appuie ainsi la position des anti-indépendantistes. Une preuve s’il en faut de la persistance du mépris colonial.

Serge BENHAM