Manifestation à Lyon : comment combattre l’extrême droite ?

27 Octobre 2021

Pour dénoncer les violences perpétrées par des nervis d’extrême droite, particulièrement actifs à Lyon, une manifestation à l’appel de diverses organisations, partis et syndicats de gauche ou d’extrême gauche a rassemblé quelque 2 000 personnes samedi 23 octobre.

Le déluge de propos réactionnaires déversés par ceux qui ont micros ouverts dans les médias renforce les groupuscules identitaires ou fascisants. À Lyon, ces individus se sentent légitimés pour passer aux actes, attaquer des librairies ou des locaux militants, commettre des agressions racistes et faire le coup le poing contre ceux qui leur déplaisent. Ils ont profité de toutes les occasions, de la Manif pour tous à la révolte des gilets jaunes, pour s’entraîner. La progression de ces courants inquiète, en particulier dans la jeunesse, bien représentée dans la manifestation du 23 octobre.

Il est nécessaire de dénoncer ces agressions et de s’organiser pour s’en protéger. Mais, pour les combattre sérieusement, il est vital de comprendre sur quel terreau ces groupes prospèrent. L’extrême droite, dans sa version électorale avec Zemmour ou Le Pen, profite de la crise, du désarroi et de la désorientation politique pour répandre son poison, en semant la division parmi les exploités. Elle est renforcée par tous les politiciens, y compris au pouvoir, qui reprennent le même langage xénophobe, pour faire oublier les coups qu’ils portent quotidiennement aux travailleurs. Ainsi Macron et Darmanin ont dissous le groupe Génération identitaire, mais ils multiplient les lois sécuritaires et les campagnes contre le prétendu séparatisme musulman.

Diverses personnalités de gauche, de EELV à LFI en passant par le PCF, avaient signé l’appel à la manifestation de Lyon. Aujourd’hui dans l’opposition et en campagne électorale, ces partis dénoncent l’extrême droite. Pourtant, la gauche porte une lourde responsabilité dans la montée de ces idées. À chacun de ses passages au pouvoir, de ­Mitterrand à Hollande, elle a trahi ses promesses et laissé les injustices sociales et le chômage de masse exploser. Elle avait, depuis longtemps, fait perdre tous leurs repères de classe aux travailleurs. Au gouvernement, face à la crise économique et sociale, elle a repris à son compte le nationalisme, le protectionnisme et même le discours sécuritaire, fonds de commerce de l’extrême droite. Si elle revient au pouvoir, elle poursuivra dans la même veine.

Pour enrayer le développement des groupes fascisants, il ne suffira pas de manifestations, si réussies soient-elles. Vingt ans après les grandes manifestations de 2002 contre Jean-Marie Le Pen, ses héritiers et ses émules sont encore plus nombreux. Il ne suffira pas non plus d’en appeler au préfet ou à la justice pour fermer les locaux des identitaires et condamner leurs agressions, comme le réclamaient les organisateurs. La seule voie pour combattre sérieusement l’extrême droite, consiste à agir pour que les travailleurs retrouvent la conscience qu’ils sont une force et qu’ils ont des intérêts communs, quelles que soient leurs origines ou leur nationalité. En mettant en avant ses propres solutions politiques face à la crise, en défendant ses intérêts, en contestant la dictature des capitalistes, la classe ouvrière mobilisée pourra faire reculer ­l’extrême droite.

Xavier LACHAU