Logement : profiteurs illégaux… et légaux

27 Octobre 2021

Quatorze personnes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Lyon, accusées notamment de soumission de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement indignes .

De 2012 à 2017, dans l’agglomération lyonnaise, ce réseau de marchands de sommeil proposait des logements à deux cents familles vulnérables, parmi elles des sans-papiers. À Saint-Priest par exemple, un lot de trois appartements a été transformé en quinze locaux loués près de 600 euros par mois. Des familles de quatre à cinq personnes y étaient logées dans 18 mètres carrés.

De tels procès ne sont pas fréquents et interviennent au bout de plusieurs années de procédures, alors que souvent les victimes ont été expulsées ou sont parties d’elles-mêmes sans garantie d’être relogées dans de meilleures conditions. La mort, le 5 novembre 2018, de huit personnes dans l’effondrement de deux immeubles à Marseille avait mis le projecteur sur l’inaction délibérée de la municipalité envers les logements insalubres et dangereux. En l’absence d’un recensement précis de ces immeubles, les estimations les plus fiables chiffrent à 600 000, à l’échelle nationale, le nombre de logements insalubres ou indignes, dont 120 000 dans l’agglomération lyonnaise. Certains d’entre eux sont habités ou loués par leurs propriétaires qui n’ont pas les moyens de les faire rénover, d’autres font le miel de marchands de sommeil, escrocs à la petite semaine ou grands bourgeois qui ne négligent pas de tirer parti d’une chambre de service de quelques mètres carrés.

Ces profiteurs éhontés de la misère sont à l’extrémité d’un réseau qui s’étend à tous ceux qui profitent de la pénurie de logements : fonds d’investissement et compagnies d’assurances qui rémunèrent leurs actionnaires sur les loyers qu’ils encaissent, propriétaires regroupés dans des associations de défense de la propriété immobilière, promoteurs immobiliers… Mais ceux-là sont au-dessus de tout soupçon, à l’abri des lois du marché qui attaquent l’ensemble des milieux populaires, contraints à consacrer une part exorbitante de leur salaire, de leur retraite ou de leur allocation chômage à se loger dans des conditions plus ou moins acceptables, quand ce n’est pas à en passer par des margoulins pour avoir accès à un toit.

Jean SANDAY