Art africain : vous avez dit pillage ?

27 Octobre 2021

Interrogé sur France Inter à propos de la restitution de 26 objets d’art au Bénin, Macron a réussi l’exploit de faire porter la responsabilité du pillage sur les Africains eux-mêmes. « Le problème qu’a eu l’Afrique pendant des décennies, c’est le pillage par les équipes africaines de ses propres œuvres, pour les vendre ou les détourner », a-t-il déclaré. Le colonialisme, connais pas !

Les objets en question proviennent de la mise à sac du palais d’Abomey par les troupes coloniales françaises en 1892. La conquête de ce royaume dirigé par le roi Béhanzin, situé sur le territoire de l’actuel ­Bénin, est un des nombreux crimes de la colonisation française en Afrique. L’historien Jean Suret-Canale a décrit ainsi l’expédition : « Avec 3 000 hommes, la colonne Dodds [...] est chargée d’expérimenter le matériel militaire le plus moderne, balles explosives et obus à la mélinite. La marche sur Abomey sera extraordinairement dure ; en vain, Béhanzin multiplie les offres de paix ; au fur et à mesure qu’il accepte les exigences de Dodds, ce dernier en pose de nouvelles. Ainsi Béhanzin laisse, en gage de bonne volonté, la colonne Dodds entrer à Cana et envoie même des bœufs pour son ravitaillement : quand il a accepté les conditions françaises, y compris l’occupation d’Abomey, et commencé à livrer son matériel de guerre, Dodds exige subitement la remise des armes et de l’indemnité de 15 millions prévue par l’accord dans les vingt-quatre heures ! Cette nouvelle exigence n’ayant pu être satisfaite – et pour cause ! – Dodds déclare aussitôt l’accord rompu et reprend l’attaque contre son adversaire partiellement désarmé. Enfin, Abomey, évacué par Béhanzin est livré aux flammes et occupé. La colonne Dodds met au pillage palais et tombeaux. Dodds proclame la déchéance de Béhanzin. »

C’est de la collection de ce général Dodds que proviennent les œuvres en question. À part cela, le pillage, ce sont les équipes africaines qui en seraient responsables ! Macron renvoie aujourd’hui en Afrique une infime partie des objets d’art volés par les colonisateurs. Cela fait partie de sa politique pour montrer qu’il a rompu avec ce qu’il est convenu d’appeler la Françafrique et faire oublier qu’il soutient de nombreux dictateurs sur ce continent. Mais même dans cet exercice, il réussit à se prendre les pieds dans le tapis.

Daniel MESCLA