Psychologie-psychiatrie : vol au-dessus d’un nid de coucous

13 Octobre 2021

Le 28 septembre, des milliers de psychologues ont fait grève et manifesté dans plusieurs villes. Ils revendiquaient une hausse massive des moyens, et dénonçaient l’abandon des patients. En effet, les mesures annoncées par Macron à l’occasion des Assises de la santé n’ont pas pour objectif de soigner et ne sont que des pis-aller comme le remboursement des séances en libéral.

La souffrance psychologique fait partie des problèmes de société que la pandémie a mis sur le devant de la scène. La consommation d’anxiolytiques et d’hypnotiques s’est fortement accrue en France depuis mars 2020. Cela met encore plus en lumière, s’il le fallait, le démantèlement progressif du système de soin, qui permettait dans le passé aux patients d’être suivis dans des établissements publics, gratuits, accessibles à tous : hôpitaux psychiatriques, centres médico-psychologiques (CMP), centres thérapeutiques pour jeunes, etc.

Des grèves ont lieu ces dernières années dans des services psychiatriques, comme au centre hospitalier du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen : les soignants criaient leur rage contre l’État, qui les mettait dans la position de maltraiter les patients. La pratique choquante de la contention est redevenue monnaie courante ces dernières années, les fermetures à clef des chambres aussi.

Aujourd’hui, des secteurs psychiatriques entiers ne peuvent répondre aux besoins de leurs patients, faute de psychiatres et de psychologues. Macron lui-même affirme qu’il faut un an et demi pour obtenir un rendez-vous en CMP dans les « territoires les plus tendus », autrement dit les plus pauvres. Même lorsqu’on n’est pas en Seine-Saint-Denis, les délais sont de plusieurs mois.

Macron a convoqué des Assises de la psychiatrie les 27 et 28 septembre. Parmi les mesures qui ont été annoncées, il y a la création de 800 postes dans les CMP, qui est vécue comme une provocation par une partie des soignants tant elle est en-deçà des besoins. Il y a aussi la mise en place d’un... numéro vert spécial suicide. D’après Olivier Véran, « il permettra aux Français ayant (…) des pensées morbides (...) de pouvoir trouver immédiatement une réponse ».

La mesure qui semble la plus positive est le remboursement par la Sécurité sociale des consultations de psychologue en cabinet libéral. Il n’est actuellement pas en vigueur, car la psychologie n’est pas considérée comme une spécialité médicale. Pourtant, telle qu’elle est conçue, cette mesure est dénoncée comme une duperie par les psychologues grévistes. D’une part, le tarif est deux fois plus bas que ce qui est réellement pratiqué. D’autre part, la durée des séances remboursées, courte et prédéfinie, ainsi que le cadre libéral, sont contradictoires avec un suivi en continu et par plusieurs intervenants, dont ont besoin de nombreux patients, sans pouvoir le payer.

Cette politique va toujours dans le sens d’exclure les patients ayant peu de moyens.

Thomas Baumer