Nathalie Arthaud : “La société capitaliste marche sur la tête”

13 Octobre 2021

Plus les entreprises sont rentables et profitables, plus les grands actionnaires sont rapaces et s’attaquent aux travailleurs. Plus la société est riche, moins elle se donne les moyens pour éduquer, soigner ou s’occuper des anciens ! Quand certains, très riches, dépensent des millions pour faire un tour dans l’espace, il y a des femmes et des hommes, y compris des salariés et des retraités qui ont travaillé toute leur vie, qui peinent à se chauffer, se nourrir ou se loger. […]

C’est pour ne pas nuire aux profits des Big Pharma que les brevets sur les vaccins anti-Covid n’ont pas été levés. C’est pour ne pas gêner les affaires des capitalistes que les États se refusent à être directifs en matière d’émission de gaz à effet de serre et piétinent leurs propres engagements internationaux. C’est pour sauvegarder les intérêts des multinationales que les dirigeants ferment les yeux sur le travail des enfants et sur le milliard d’êtres humains condamnés à une vie d’esclave.

Le capitalisme est capable de produire des petits bijoux technologiques tout en rejetant une partie de plus en plus grande de l’humanité dans le dénuement. Les smartphones, vendus parfois plus de 1 000 euros, sont produits dans de véritables bagnes industriels en Chine ou en Corée du Sud. Ils sont indissociables de l’exploitation féroce d’hommes et même d’enfants qui descendent dans des puits de mine pour extraire le cobalt et le coltan nécessaires à leur fabrication. Et qui y vont en sachant que la mine peut s’effondrer à tout moment et les enterrer vivants !

“A bas l'impérialisme !”

Et qui oserait dire que nous allons vers la prospérité, la paix et le progrès universel ? Le chaos laissé en Afghanistan par l’armée américaine n’est pas un accident de parcours ni un cas particulier.

Les grandes puissances prétendent toujours intervenir pour le bien des populations, pour assurer la démocratie, la liberté et pour lutter contre le terrorisme maintenant. Mais où sont aujourd’hui la liberté et la démocratie en Afghanistan ? Où sont les droits des femmes afghanes ? Quel bilan, quand l’impérialisme en est réduit à confier aux Talibans eux-mêmes la lutte contre les milices terroristes d’Al-Qaïda ?! Tout cela après vingt années de guerre, 2 500 morts parmi les soldats américains, plus de 200 000 parmi les Afghans, et des centaines de milliers de déplacés et réfugiés !

Et regardez le Mali et la zone du Sahel, où la France joue aux apprentis sorciers depuis 2013 pour les intérêts des Total, Bolloré, Dassault et Cie ! Où est la paix promise ? Les groupes armés djihadistes pullulent, les troupes de l’armée malienne n’étant qu’une bande armée de plus que la population doit supporter !

Alors la première des choses est de dire non aux interventions militaires de la France ! Non au pillage des pays pauvres ! À bas l’impérialisme ! […]

“Contre la démagogie réactionnaire”

Les dirigeants politiques et les experts de l’information nous baladent avec de faux débats ! Ils en font des tonnes sur les faits divers, utilisant tel ou tel meurtre crapuleux pour des surenchères sécuritaires. En juin dernier, plusieurs dirigeants se réclamant de la gauche, comme Yannick Jadot ou Fabien Roussel, y avaient ajouté leur obole en participant à une manifestation de syndicats policiers réclamant plus de répression.

La criminalité, la délinquance, les trafics de drogue et même les incivilités sont bien sûr des fléaux, notamment pour les plus pauvres, qui en sont les premières victimes. Mais ils ne tombent pas du ciel. Ce ne sont pas les conséquences de la présence des immigrés dans le pays, comme le racontent nombre de politiciens d’extrême droite, de droite, du gouvernement et même parfois de gauche. Non, la dégradation de la vie sociale dans les quartiers populaires, c’est d’abord la conséquence du chômage, des bas salaires, de l’absence de perspectives pour la jeunesse et de la marginalisation.

Personne ou presque ne parle de cette insécurité sociale. Et qui parle de l’insécurité au travail, qui tue plus de 700 travailleurs par an, un vrai crime de masse, où des jeunes meurent en vélo ou en scooter pour gagner 5 euros en allant livrer un repas ? Où des milliers d’autres se blessent gravement et deviennent handicapés à vie ? Pour les démagogues à genoux devant le patronat ce n’est pas un sujet, mais c’est ça aussi la vie du monde du travail !

Zemmour peut expliquer sérieusement que le régime de Vichy a protégé des juifs sans trouver de contradiction de la part des journalistes. Il peut déverser sa bile raciste et faire passer son obsession d’un « grand remplacement » comme une politique. Et Macron n’hésite pas à naviguer dans ces eaux saumâtres, comme on vient de le voir avec la décision révoltante de diminuer le nombre de visas accordés aux Maghrébins.

L’axe de Zemmour est que les immigrés musulmans seraient « inassimilables ». Mais comme Jean-Pierre l’a dit tout à l’heure, les immigrés, quelle que soit leurs croyances, sont parfaitement assimilés au camp des exploités. Je suis allée récemment soutenir une grève des travailleurs du nettoyage à Jussieu, juste à côté d’ici : il n’y avait aucun de ces prétendus « Français de souche » dont Le Pen et Zemmour nous rebattent les oreilles. Il y avait des Tamoules, des Africaines, des Maghrébins, des Polonaises, des Portugaises, etc. Et quand ils et surtout elles se sont arrêtées de travailler, l’université ne pouvait plus fonctionner.

Bâtiment, aéroport, hôtel, nettoyage, gardiennage, transport, automobile, agroalimentaire… sans les immigrés aucun de ces secteurs ne pourrait tourner. Ils ont souvent les emplois les plus mal payés, les plus durs, les plus exploités. Ils travaillent et payent des impôts, des cotisations, souvent sans même avoir le droit de rien dire parce qu’ils n’ont même pas le droit de vote.

Alors ils ne sont peut-être pas assimilés à la façon souhaitée par Zemmour parce qu’ils ne parlent pas bien français et ont appelé leur fille Anissa et leur fils Ahmed, mais ils contribuent à faire fonctionner la société autrement plus que Zemmour lui-même ! Et cette société qu’ils portent sur leurs épaules, elle est autant à eux qu’à Zemmour ! […]

“L'internationalisme n'a pas pris une ride”

Alors, l’internationalisme est une vieille idée ? Elle n’a pas pris une ride, et face au déferlement chauvin et réactionnaire, elle est d’autant plus d’actualité et nous sommes fiers de la porter.

Dans cette campagne, les réactionnaires, les nationalistes, les racistes et les xénophobes disent « les Français d’abord » ? Eh bien nous disons « les salaires d’abord », « les emplois d’abord », « les intérêts des travailleurs d’abord ». Le monde du travail d’abord !

Ceux qui estiment qu’il y aurait des identités gravées dans le marbre sont des démagogues doublés d’imbéciles parce que l’identité ne cesse d’évoluer. Le capitalisme a mis en mouvement des dizaines de millions d’hommes et de femmes. Ce sont les migrations qui ont façonné les grands pays capitalistes, à commencer par les États-Unis. En France même, toute une partie de la population a des origines en Italie, au Portugal ou en Espagne, au Maghreb ou en Afrique subsaharienne.

Et je dis « toute une partie de la population », parce que je ne remonte pas trop loin. Parce que sinon, comme l’expliquent les paléontologues, nous venons tous d’Afrique, les ancêtres de Le Pen et Zemmour compris – autrement dit, le grand remplacement, c’est nous tous ! […]

Nous nous inspirons de tous ceux qui avaient à cœur de dire que leur pays c’était la terre et leur patrie, l’humanité !