Magie: transformer la sueur en or

13 Octobre 2021

Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, a exalté la joie d’être un ouvrier de production. Car, selon elle, il peut se dire, jour après jour, que sa vie « n’est pas une punition, c’est pour le pays, c’est pour la magie ».

Cette déclaration fracassante faite devant un parterre patronal s’appuie sans doute sur une connaissance brève, mais intime, de la condition ouvrière acquise lors de son passage à la direction de Faurecia, de 2011 à 2013, entre deux postes dans la haute administration. Dans les usines de cet équipementier automobile, la magie a en effet opéré et opère encore.

Le 18 novembre 2009, un ouvrier de 38 ans est mort en travaillant sur une presse, le crâne traversé par une tige métallique, à l’usine de Flers, dans l’Orne. Le 23 juin 2011, un cariste a été tué, enfourché, à Saint-Nicolas-de-Redon, en Loire-Atlantique. Le 28 septembre 2015, un intérimaire a eu la main écrasée par sa presse à l’usine de Marckolsheim, en Alsace. Le 22 juin 2016, un ouvrier de l’usine de Saint-Quentin, dans l’Aisne, a eu le crâne défoncé et un œil emporté par une pièce qui a sauté de sa presse. La liste, limitée aux usines françaises du groupe Faurecia, n’est pas exhaustive.

Il est toutefois exact que, dans le même temps, la magie chère à Agnès Pannier-Runnacher a fonctionné : le travail des ouvriers s’est mué en dividendes des actionnaires.

Paul GALOIS