Santé mentale : grands discours et sombre réalité

29 Septembre 2021

Les Assises de la santé mentale, qui viennent de se tenir, ont été l’occasion pour Macron de prononcer un discours répondant bien plus aux besoins de sa campagne électorale qu’à ceux de la psychiatrie.

Heureusement bien d’autres intervenants, des professionnels voulant réellement répondre aux difficultés des patients et des soignants, ont mis en lumière le manque de moyens dont souffre la psychiatrie. Ce qui est connu depuis longtemps et a déjà fait l’objet de nombreux rapports officiels, sans que les autorités gouvernementales n’en fassent grand-chose.

Les soins psychiatriques manquent en France de moyens de toutes sortes. Il y a pénurie de médecins psychiatres pour prendre en charge des patients « en ville ». D’après les projections du ministère de la Santé, leur nombre devrait encore diminuer de 8 % d’ici à 2030 ! Il en manque beaucoup dans les hôpitaux psychiatriques au point que des renouvellements de prescription, y compris quand il s’agit de contention, c’est-à-dire d’attacher solidement à un lit des patients en crise, se font semaine après semaine sans avoir le temps de les examiner. Il y a d’ailleurs une tendance au retour à la contention, « moyen thérapeutique » d’un autre âge, faute d’infirmiers et d’aides-soignants pour s’occuper des malades.

Les Centres médico-psychologiques (CMP), censés offrir des consultations à la population et éviter que les pathologies ne s’aggravent au point de nécessiter des hospitalisations, sont tellement dépourvus de personnel qu’il faut six à douze mois pour un premier rendez-vous. Ce qui est particulièrement dramatique pour dépister et diagnostiquer à temps les troubles chez les enfants.

Macron promet de créer 800 postes de psychologues pour y remédier. C’est très insuffisant. Cette annonce inclue-t-elle les 80 postes déjà annoncés en décembre dernier pour faire face à l’afflux d’étudiants en détresse psychologique ? En France, il n’y a qu’un psychologue pour 15 000 étudiants, c’est un pour 3 000 aux États-Unis.

Ce n’est pas le remboursement de certaines consultations qui fera surgir les structures et les professionnels nécessaires. Ce n’est pas la mise en place d’un numéro vert de prévention des suicides qui améliorera la prise en charge des patients. La politique d’économie en matière de santé, en vigueur depuis des dizaines d’années, est inhumaine et criminelle.

Lucien DÉTROIT