Chine : la bulle immobilière menace d’exploser

29 Septembre 2021

Depuis plusieurs semaines, les difficultés de Evergrande, l’un des plus gros promoteurs immobiliers chinois, font tanguer les marchés financiers de la planète, au point que certains ont agité le spectre de la faillite de Lehman Brothers, celle qui en 2008 avait déclenché la crise financière.

Evergrande, qui emploie directement 200 000 personnes mais dont dépendent plus de 3 millions de travailleurs, s’est développé avec la bulle immobilière chinoise de ces vingt dernières années. C’est en empruntant qu’il lançait ses programmes immobiliers et c’est en vendant les appartements avant qu’ils ne soient achevés qu’il payait les programmes précédents, l’argent des acquéreurs couvrant les dépenses et les emprunts passés.

Tout cela a fonctionné tant que le marché était en développement et que les prix montaient. Ainsi, les prix de l’immobilier dans les villes de la côte Est, où l’on trouve les meilleurs salaires, ont doublé sur les dix dernières années, faisant des logements eux-mêmes un objet de spéculation. Dans la « Venise chinoise », à 90 km de Shanghaï, 80 % des logements de luxe construits par Evergrande, dont le prix a triplé depuis 2012, ont été vendus, mais un tiers sont inoccupés, en attente d’être revendus. Pour beaucoup de Chinois, et pas forcément très aisés, l’investissement immobilier est un moyen de financer les études des enfants ou leur propre retraite.

La spéculation immobilière n’a pas fait la fortune que de capitalistes chinois. Après la crise de 2009 et le plan de relance massif de l’État, nombre d’entreprises occidentales se sont tournées vers ce qui était présenté comme le nouvel eldorado, y implantant des succursales, fournissant le secteur en matières premières. Mais la bulle immobilière a conduit la dette des promoteurs vers des sommets : 851 milliards d’euros pour les quatre premiers, dont 260 pour le seul Evergrande, l’équivalent de la dette d’un pays comme le Portugal. Ce sont les risques grandissants associés à cette dette qui ont conduit en 2020 l’État chinois à restreindre l’accès au crédit des promoteurs immobiliers. Avec la crise économique de ces derniers mois et la nouvelle interdiction de vendre les appartements non achevés, la mécanique financière d’Evergrande s’est grippée. Pour faire face aux dizaines de milliards de remboursements d’emprunts prévus dans les mois qui viennent, le groupe en est réduit à brader ses logements et à céder ses participations dans d’autres sociétés.

Malgré cela, Evergrande n’a pas effectué un remboursement de plus de 80 millions de dollars prévu le 23 septembre dernier, et le deuxième actionnaire du groupe a annoncé son désengagement.

La croissance chinoise de ces dernières décennies est assise sur une montagne de dettes. Devant la menace de son effondrement, les capitalistes chinois comme les occidentaux qui y ont investi, comptent bien que l’État interviendra et sauvera tout ou partie de leur mise dans Evergrande. Mais si son patron, un des plus riches de Chine, a pu quitter le navire en perdition en août, ni les millions de travailleurs qui en dépendent, ni ceux qui y ont investi leurs économies ne peuvent en faire autant. 1,2 million de personnes attendent d’Evergrande la livraison d’un logement en partie déjà payé. Cela explique la colère qui s’est exprimée lors de manifestations devant les locaux de l’entreprise aux cris de « Rendez-nous notre argent ».

Serge BENHAM