Salaires : les arguments fallacieux des patrons

22 Septembre 2021

Le patronat refuse obstinément l’idée de toute augmentation des salaires. Dans la réalité, il les diminue même, en supprimant des primes. Lors de son passage sur France Inter le 21 septembre, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, s’est une nouvelle fois acharné à donner une apparence de justification à cette attitude, qui ne s’explique que par le souci de préserver les profits.

« Si l’on augmente les salaires, les prix vont augmenter pour le consommateur », a répété l’homme du Medef, alors même que la journaliste lui faisait remarquer que les prix augmentent sans que l’on ne voie la moindre augmentation de salaire à l’horizon. Pour illustrer son propos, Roux de Bézieux a même osé prendre l’exemple de McDonald’s, affirmant : « quand McDonald’s augmente ses salariés, il augmente le prix de ses menus », oubliant juste de dire que McDonald’s fait plus de deux milliards de bénéfices, pour l’essentiel versés à ses actionnaires, ce qui pourrait lui permettre d’augmenter ses salariés tout en laissant les menus au même prix.

Roux de Bézieux a bien entendu pris l’exemple des petits patrons, du restaurateur « pour qui les salaires représentent 70 % de l’addition ». C’est pour mieux cacher que le prix de l’addition, quand il s’agit des grands groupes de supermarchés, des trusts de l’automobile et du bâtiment, des banques, va dans la poche des actionnaires. C’était déjà vrai avant la crise sanitaire. Une étude parue dans le mensuel Alternatives économiques de février dernier révélait qu’en moyenne 80 % des bénéfices des entreprises du CAC 40 sur les quinze dernières années avaient été redistribués aux actionnaires. Cela n’a fait que se confirmer avec cette crise, tout au long de laquelle ces grandes entreprises ont été plus que jamais gavées d’argent public. Elles ont ainsi fait 57 milliards de profits au premier semestre 2021.

Quelle que soit la situation, les capitalistes trouvent le moyen de préserver leurs profits en répercutant sur la population les aléas de leur système de fous. Les prix des aliments pour bétail augmentent ? Qu’à cela ne tienne, le consommateur paiera plus cher sa viande au supermarché. Ceux du bois, de l’acier ou du cuivre en font autant ? Il faudra sortir plus d’argent pour se payer les produits qui en dérivent. Eh bien, pourquoi les travailleurs seraient-ils les seuls à n’avoir pas le droit d’appliquer cette logique ? Puisque tout ce qui leur est nécessaire pour survivre coûte plus cher, pourquoi le prix auquel ils doivent vendre leur force de travail, leur salaire, ne devrait-il pas augmenter d’autant ?

Il ne faut bien sûr pas compter sur les patrons pour accepter cette logique, ni sur les divers candidats à la présidentielle qui parlent aujourd’hui d’augmentations de salaire. Tous, s’ils arrivent un jour au pouvoir, feront ce que leur dicteront les capitalistes. Alors, pour les salariés, s’ils ne veulent pas voir leur existence de plus en plus laminée entre des prix qui montent et des salaires qui stagnent, cela doit devenir un objectif de lutte : imposer l’augmentation des salaires et leur indexation sur la hausse des prix, sous le contrôle des travailleurs.

Daniel MESCLA