Primaire écologiste : le choix du style

22 Septembre 2021

La primaire écologiste, à laquelle ont participé plus de 120 000 personnes, a un peu bousculé l’ordre d’arrivée prévu des candidats. Ce sont Yannick Jadot, élu au Parlement européen, et Sandrine Rousseau, professeur en faculté d’économie, vice-présidente de la faculté de Lille, qui se retrouvent au deuxième tour.

Les espoirs d’Éric Piolle, le maire de Grenoble, sont balayés. Il s’est retrouvé au coude-à-coude avec Delphine Batho, présentée comme la plus radicale, même si elle a fait carrière au PS avant de rejoindre les écologistes et a déjà été ministre dans le gouvernement Hollande, avant de démissionner.

Donner du sens à ce premier tour n’est pas chose aisée, au vu du curriculum vitae des protagonistes. En 2016 Yannick Jadot avait gagné la primaire entre les candidats écologistes à la présidentielle, pour s’effacer devant Hamon, le candidat socialiste. Sandrine Rousseau, elle, vient de réadhérer au parti écologiste, après l’avoir quitté pendant trois ans à la suite de l’affaire Denis Baupin. Elle faisait partie des huit femmes qui l’avaient accusé de harcèlement sexuel.

Les différences idéologiques se logent surtout dans des formulations différentes, car l’ensemble des candidats des écologistes, comme les deux restant en lice pour le second tour, prétendent pouvoir résoudre les problèmes économiques, sociaux, environnementaux s’ils gagnent la présidentielle.

L’expérience faite par les écologistes au gouvernement, en tant que ministres, ne leur a laissé qu’un regret, semble-t-il : celui d’en être écartés et de ne pas avoir eu la majorité. Et pourtant, à chaque fois qu’ils ont voulu prendre des mesures, même partielles, pour l’environnement ou la santé humaine, ils ont dû reculer devant les pressions des milieux d’affaires et leur appétit de profit.

Yannick Jadot affirme qu’on « ne peut pas changer la société contre les entreprises ». Ce serait son côté « pragmatique », tandis que Sandrine Rousseau serait pour une écologie « nécessairement radicale, sociale et éco-féministe ». Elle dit porter un « projet de renversement de la domination au sens large ». Si c’est une allusion à la domination économique de la grande bourgeoisie capitaliste, elle est vraiment subliminale.

En prétendant transformer la société dans le cadre du système politique existant, les candidats écologistes, comme les autres prétendants, ont d’abord besoin d’électeurs. Pour l’emporter, chacun doit viser une certaine clientèle électorale. Les différents candidats écologistes s’appuient sur les préoccupations d’une partie de la population devant la catastrophe climatique pour légitimer leur candidature aux yeux des électeurs. Quant à la réalisation de leur programme, pourquoi y seraient-ils tenus plus que les autres ?

Inès Rabah