Migrants : accord franco-britannique et politique odieuse

15 Septembre 2021

Un nouvel accord franco-britannique a été négocié en juillet entre Gérald Darmanin et son homologue Priti Patel dans le but d’empêcher les réfugiés tentant la traversée de la Manche d’atteindre le sol anglais, et surtout d’y rester.

La première flic britannique, pour laquelle « stopper les traversées est une absolue nécessité », s’est vantée pour la circonstance de former la police aux frontières et les gardes-côtes à des techniques de refoulement des embarcations de fortune qu’empruntent les migrants. Il s’agit de repérer ces bateaux gonflables chargés à ras bord de femmes, d’hommes et d’enfants, puis de les repousser hors des eaux territoriales du pays, au besoin au moyen de jet skis. Comment les passagers déjà épuisés après une traversée aussi dangereuse pourraient survivre à cette chasse à l’homme n’est pas le souci de Priti Patel. Elle a même lancé des juristes sur une réécriture de l’interprétation britannique du droit maritime international, afin de permettre ces « tactiques de redressement » en mer, autrement dit l’interception et le renvoi de toute embarcation transportant des migrants venant des côtes françaises en tout point de la Manche.

Cette politique a au passage donné l’occasion à Darmanin de jouer les humanistes, en protestant contre cette mise en danger des migrants, contraire à l’élémentaire obligation, en mer, de sauver les vies. Mais cela ne l’a pas empêché d’affirmer que 62 % des départs avaient été arrêtés, notamment grâce au doublement des patrouilles de police le long du littoral. Les candidats à la traversée comme les militants humanitaires qui tentent de les aider peuvent en témoigner. La traque quotidienne que subissent les migrants sur les côtes du Pas-de-Calais, les démantèlements de campements, les destructions de couvertures, réchauds, sacs personnels, les descentes de police, les exactions physiques, les interdictions de distribution de nourriture ou de fiches récapitulant les numéros d’urgence, tout est soigneusement mis en œuvre.

Cette politique honteuse a d’ailleurs un coût, qui justifie les 54 millions de livres sterling (62 millions d’euros) promis par le gouvernement britannique en dédommagement au ministère de Darmanin. C’est cette corde ô combien sensible que le Premier ministre, Boris Johnson, vient de pincer, appuyant sa ministre de l’Intérieur, en menaçant de ne pas verser ces subventions.

Ce chantage feint, qui donne lieu à une nouvelle scène de Darmanin, n’est qu’un épisode de la politique révoltante de ces deux États qui marchandent la vie de 15 000 personnes : celles qui ont depuis début janvier 2021 tout tenté pour traverser.

Et comme « l’absolue nécessité », pour des dizaines de milliers d’êtres humains, se résume à fuir les ruines et la mort généreusement répandues de par le monde par les États impérialistes, les traversées continueront.

Viviane LAFONT