Le 5 octobre et après : quelles perspectives pour les travailleurs ?

15 Septembre 2021

Les directions de différentes centrales syndicales, CGT, FO, FSU…, ont appelé à une journée interprofessionnelle de mobilisation et de grève le 5 octobre. Les travailleurs qui veulent se saisir de cette journée pour en faire une réussite et exprimer leur colère ont raison. Comme ils ont raison de vouloir répondre aux reculs imposés au monde du travail et aller dans le sens d’une réaction d’ensemble.

Cela nécessite aussi de poser le problème de l’attitude des directions syndicales. Force est de constater que cet appel ne compense pas, loin s’en faut, leur manque de réactions depuis des mois, alors que les attaques pleuvent sur les travailleurs. Les capitalistes ont profité de la pandémie pour licencier, imposer des reculs de salaires, des horaires à rallonge ou changeants, des jours fériés travaillés, des augmentations de cadences inouïes. Tous ces coups se sont traduits par des profits en hausse pour toutes les grandes entreprises du pays.

Les plus précaires, les intérimaires, les jeunes, les femmes en temps partiel ont subi encore plus cette offensive patronale. Et, de surcroît, l’application de la réforme de l’assurance chômage va jeter dans la pauvreté bien des chômeurs et peser sur tous les travailleurs pour les forcer à accepter des salaires encore plus bas.

Face à cela, les directions syndicales n’ont guère réagi. Elles n’ont pas cherché à faire entendre les intérêts des travailleurs, à organiser une protestation ouvrière. Bien sûr, elles se défendent en évoquant la faible mobilisation. Mais cet argument est choquant. Même sans mobilisation, ceux qui se posent en direction de la classe ouvrière peuvent et doivent dénoncer les attaques actuelles, la volonté délibérée des ennemis des travailleurs, ainsi que les mauvais coups en préparation.

Réagir à cette politique aurait permis que ceux des militants et des travailleurs qui ne baissent pas les bras se fassent entendre, au lieu de les laisser isolés. Ainsi, ils auraient au moins pu se faire les propagandistes de la nécessaire réaction collective de la classe ouvrière.

Les manifestations de cet été contre le passe sanitaire obligatoire ont bien montré que certains travailleurs voulaient exprimer leur colère, même sans perspective. Dénoncer la présence de l’extrême droite dans ces manifestations pour ne pas y participer est trop facile, pour des directions syndicales qui n’ont même pas essayé de donner la possibilité aux travailleurs de s’exprimer autrement.

Même aujourd’hui où elles appellent enfin à une mobilisation interprofessionnelle, bien tardivement et bien faiblement, les directions syndicales affaiblissent le mouvement en multipliant les appels catégoriels, le 14 septembre pour les soignants, le 23 septembre pour les enseignants et le 1er octobre pour les retraités. Quel sens y a-t-il à présenter les problèmes comme séparés ? Et quel sens y a-t-il à faire croire que les travailleurs seront plus forts en étant plus divisés ? N’est-ce pas une façon de disperser le mouvement avant même qu’il n’existe ?

Bien sûr, cela n’empêchera pas les plus conscients des travailleurs de vouloir faire de cette journée une réussite qui puisse remonter le moral du plus grand nombre possible. Mais il est aussi nécessaire de discuter des perspectives indispensables pour que les travailleurs se défendent. Il ne suffit pas de déplorer le manque de combativité actuel, il faut militer dans le sens d’un regain des luttes et les préparer. Une journée de mobilisation, même réussie, si elle reste sans suite et sans perspective ne mènera pas à une plus grande conscience, à une plus grande combativité. Les travailleurs devront se donner les moyens de définir eux-mêmes cette perspective.

Marion AJAR