Brésil : Bolsonaro bat le rappel

15 Septembre 2021

Le 7 septembre, jour de la fête nationale qui commémore l’indépendance du Brésil, le président Jair Bolsonaro a fait descendre ses troupes dans la rue. Préparée depuis des mois, cette mobilisation a vu des centaines de rassemblements se tenir à travers le pays.

Le président a pris la parole le matin à Brasilia, la capitale administrative, et l’après-midi à Sao Paulo, la capitale économique et politique, devant une centaine de milliers de partisans à chaque fois. Il prépare l’élection présidentielle d’octobre 2022 mais se retrouve sans parti ni appareil qui le soutienne. Largement déconsidéré par son refus de lutter contre le Covid, qui a tué près de 600 000 Brésiliens, Bolsonaro est en butte à des demandes de destitution, menacé par plusieurs enquêtes pour corruption autorisées par la Cour suprême. Plusieurs de ses proches sont déjà emprisonnés. Sa réélection est donc loin d’être assurée et, à un moment où les sondages ne lui donnent que 23 % d’opinions favorables, il veut remobiliser sa base.

Ceux qui ont répondu à son appel étaient bien représentatifs des courants qui l’ont porté à la présidence en 2018 : évangélistes fanatiques, maniaques des armes et de la sécurité, complotistes divers, nostalgiques de la dictature, tous violemment nationalistes et anticommunistes. Les correspondants de presse ont pu se régaler de citations du président parlant de la Cour suprême qui serait infiltrée par les communistes, du risque que le Brésil devienne un second Venezuela, de son refus de distribuer des pots-de-vin et de son excellente gestion du Covid.

Face aux procédures qui le visent, le président a fait écho à ses partisans en hurlant : « Dieu seul me fera sortir du pouvoir. Jamais je ne serai emprisonné. » Il s’en est pris au juge de la Cour suprême qui a autorisé les poursuites contre lui, mais à Brasilia il a appelé à défendre la Constitution, se présentant en victime persécutée. En effet, à part le lobby de l’agro-industrie, les capitalistes semblent se méfier de lui, de même que les gouverneurs des États, qui disposent des principales forces de police. Le PSDB, parti de la droite moderne, est passé à l’opposition. L’état-major, lui, est irrité que Bolsonaro fasse sans cesse appel à l’image de l’armée dans sa propagande et nomme ostensiblement des militaires à la tête d’entreprises d’État.

L’opposition de gauche, rassemblée dans le Front Dehors Bolsonaro, appelait elle aussi à manifester le 7 septembre dans des centaines de villes, avec des cortèges bien moins fournis que ceux des partisans de Bolsonaro. Lula était ce jour-là dans le Nordeste, loin des manifestations, en discussion avec des leaders du centre et de la droite, ceux que récemment encore il accusait d’avoir renversé Dilma Rousseff par un coup d’État en 2016. Il compte visiblement plus sur la désaffection de certains milieux dirigeants vis-à-vis de Bolsonaro que sur la mobilisation des travailleurs. Lula dit vouloir constituer un gouvernement qui rassemble tous les Brésiliens, bourgeois et ouvriers, grands propriétaires et paysans sans terre, habitants noirs des favelas et policiers racistes. Les travailleurs brésiliens ne peuvent se fier à une telle perspective, et ne peuvent avoir aucune confiance dans les institutions, dans la police, dans l’armée, pour les défendre.

Ils ne peuvent pas non plus oublier leurs revendications contre le chômage, les bas salaires, la santé et les retraites dégradées. En fait, en abandonnant la rue aux partisans de Bolsonaro, les partis de gauche, Lula et les syndicats montrent à la classe ouvrière le chemin de la défaite.

Vincent GELAS