UE – AstraZeneca : petit arrangement entre amis

08 Septembre 2021

L’Union européenne, en conflit depuis plusieurs mois avec AstraZeneca suite aux énormes retards dans la livraison des vaccins contre le Covid, vient de conclure un accord avec le laboratoire pharmaceutique mettant fin à la procédure judiciaire en cours.

N’ayant livré que 100 millions de doses sur les 300 promises, le laboratoire s’engage à effectuer une livraison de 200 millions de doses supplémentaires d’ici la fin de l’année. Cet accord constitue surtout un nouveau coup de pouce de l’UE pour le laboratoire suédo-britannique : non seulement AstraZeneca pourra continuer à faire tourner ses installations malgré son incapacité à fournir les commandes promises précédemment, mais cet accord revient aussi à accorder un nouveau délai (jusqu’à mars 2022) pour finir les livraisons qui devaient se terminer en juin 2021.

L’UE passe donc l’éponge sur le conflit judiciaire qui l’opposait au laboratoire. Le nouveau contrat va même jusqu’à remplacer les pénalités initialement prévues – et pourtant non versées – par des rabais sur les livraisons : en cas de retard, AstraZeneca ne paiera pas de pénalité, mais devra accepter de diminuer le prix des doses livrées… si elle les livre un jour ! Au cas où les intérêts du laboratoire ne seraient pas suffisamment garantis par ces nouvelles dispositions, une clause prévoit aussi qu’un « événement catastrophique » affectant la production pourrait libérer AstraZeneca de ses obligations.

L’usage du vaccin d’AstraZeneca est limité dans plusieurs pays européens, en raison de risques de thromboses chez les jeunes et d’une efficacité plus faible que les autres vaccins, notamment contre le variant Delta. Mais, selon les déclarations empreintes de cynisme de responsables de l’UE, ces commandes seraient destinées à certains pays européens pauvres, comme la Bulgarie et la Roumanie, qui avaient initialement privilégié ce vaccin, bien moins cher que ceux de Pfizer et Moderna. L’UE ayant aussi promis 200 millions de doses à d’autres pays pauvres hors de l’UE via le dispositif Covax, elle préfère tenir sa promesse avec les nouvelles livraisons d’AstraZneca plutôt qu’avec les vaccins jugés les plus fiables… si ces doses finissent bien par arriver.

À l’issue de ce nouvel accord, personne ne peut dire combien de personnes supplémentaires pourront ainsi être vaccinées contre le Covid. En revanche, la qualité de la couverture d’AstraZeneca contre les pertes éventuelles ne fait aucun doute.

Sacha Kami