Réfugiés afghans : la paix des cimetières et des camps

01 Septembre 2021

Le gouvernement américain prétend qu’il a permis à 122 000 Afghans de quitter leur pays. Ces réfugiés ne représentent qu’une toute petite partie des millions de personnes dont la guerre impérialiste a saccagé la vie.

Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), pourtant peu susceptible de critiquer les États-Unis et leurs alliés, dénombre en effet plus de deux millions de réfugiés afghans en Iran et au Pakistan, pays limitrophes. Il y a plusieurs millions de déplacés dans le pays même. Le HCR prévoit aussi que 500 000 Afghans quitteront leurs pays d’ici la fin de l’année. Et d’ajouter que les dizaines de millions qui resteront auront évidemment aussi besoin de la solidarité internationale.

De plus, les 122 000 réfugiés qui ont embarqué dans les avions n’ont pas atterri aux États-Unis. Ils sont d’abord répartis sur l’une des nombreuses bases américaines qui parsèment, et contrôlent, la planète, puis triés suivant des critères connus des seuls services spéciaux. Ensuite ils seront dispersés dans des camps de réfugiés, de l’Ouganda au Kosovo, du Rwanda à l’Albanie. Seule une partie d’entre eux, la moitié selon certaines estimations, sera en définitive acceptée sur le sol du pays qui est à la fois le premier responsable de leur malheur et le mieux à même de les accueillir, vu ses moyens financiers, humains et techniques. Mais les États-Unis sous-traitent à peu de frais l’accueil des réfugiés, comme ils le font de bien d’autres de leurs problèmes, depuis les chambres de torture de leurs prisonniers politiques jusqu’aux frais financiers de leur déficit budgétaire.

En Ouganda, par exemple, les Afghans rejoindraient le million et demi de réfugiés des guerres civiles africaines dans des camps sous l’autorité du Haut-Commissariat aux réfugiés. Il y a trois mois le HCR faisait appel à la générosité publique pour nourrir les réfugiés des camps ougandais que l’épidémie prive de travail et de revenus. « La faim les menace », écrivait-il.

C’est avec ce genre de camps et dans ces conditions que les États-Unis et leurs alliés, dont la France, se targuent de sauver les quelques milliers de réfugiés afghans qu’ils ont daigné exfiltrer. La paix de l’impérialisme est à peine moins criminelle que sa guerre, et tout aussi mensongère.

Paul GALOIS