Migrants : l’Union européenne se barricade

01 Septembre 2021

L’arrivée au pouvoir des talibans en Afghanistan a été l’occasion pour de nombreux pays de dresser murs et barbelés à leurs frontières, faisant un peu plus de l’Europe une forteresse contre les pauvres.

Avec le retrait des forces américaines, des dizaines de milliers de personnes fuient depuis plusieurs mois les talibans vers l’Europe, en passant par l’Iran et la Turquie. À la frontière entre ces deux pays, elles se heurtent dorénavant à un nouveau mur, de près de 300 kilomètres et de trois mètres de haut. Le régime turc se vante de sa réalisation. Le gouverneur de la province de l’est du pays a déclaré que la Turquie voulait « montrer au monde entier que ses frontières étaient infranchissables ». Le pouvoir turc, qui a marchandé au milieu des années 2010 avec l’Union européenne la rétention des migrants du Moyen-Orient loin de ces pays riches, renouvelle ses offres de services avec la crise afghane. Il n’est pas le seul à monter des murs et des barbelés. Fin août, la Grèce a achevé la construction d’un mur de 40 kilomètres à sa frontière avec la Turquie. Et la Bulgarie vient d’envoyer des troupes renforcer ses frontières.

L’Union européenne se barricade aussi du côté de la Biélorussie. Les gouvernements lituanien, polonais, estonien et letton reprochent à leur voisin biélorusse de se servir des migrants comme d’une arme diplomatique. Avec l’accord de l’Europe, la Lituanie va dresser des barbelés sur 550 kilomètres, tandis que la Pologne a annoncé l’installation d’une « solide clôture ».

L’Union européenne avait déjà fermé ses accès au sud. Là, ce sont les milices libyennes qui jouent le rôle de supplétives des pays riches, faisant tomber nombre de migrants d’Afrique dans un véritable esclavage. Dans cette région, l’armée algérienne refoule elle aussi des milliers de déplacés vers le Niger, les laissant se débrouiller seuls à pied dans le désert. Et la Méditerranée est devenue un cimetière. Au moins 1 146 personnes sont mortes en mer au cours du premier semestre 2021, le double du nombre de 2020. Quand les migrants sont secourus, c’est malgré les États, par des organisations humanitaires. Ainsi, fin juillet, 800 migrants ont été pris en charge par des bateaux humanitaires. Il leur a fallu attendre plus d’une semaine en mer dans des conditions effroyables avant de pouvoir débarquer en Sicile. Mais leur calvaire ne s’arrête pas là. Une fois débarqués, les camps et les menaces d’expulsion les attendent.

À la fin de l’année 2020, le nombre de réfugiés et de déplacés s’élevait, dans le monde, à 82,4 millions, un chiffre qui a plus que doublé au cours de la dernière décennie. Aux guerres, où sont souvent impliquées les puissances occidentales, à la misère de ces pays pillés par les pays riches, s’ajoute désormais la crise climatique, qui pousse toujours plus de femmes et d’hommes sur les routes de l’exil, témoignant de la barbarie grandissante de la société capitaliste.

Serge BENHAM