Afghanistan : concurrence terroriste et responsabilité occidentale

01 Septembre 2021

Le 25 août, un attentat à la bombe revendiqué par l’organisation État islamique a tué 80 civils et une dizaine de soldats américains, déclenchant des frappes américaines meurtrières.

Ce fait dramatique s’est déroulé au moment où des milliers d’Afghans étaient encore massés autour de l’aéroport de Kaboul, dans l’espoir de quitter le pays. Cela fait des années que la population afghane subit à la fois les bombardements de l’armée américaine et de ses alliés impérialistes, et les exactions des différentes bandes armées, celles des talibans, celles d’al-Qaida et celles de l’organisation État islamique (EI). Ces groupes terroristes ont tous été engendrés, directement ou indirectement, par la politique de l’impérialisme américain et de ses alliés occidentaux.

Dans les années 1970, pour contrer l’influence de l’URSS, la CIA et le régime saoudien financèrent, entraînèrent et armèrent les groupes intégristes qui combattaient le gouvernement prosoviétique, puis les troupes de l’URSS quand celles-ci envahirent le pays pour soutenir ce gouvernement. Les talibans parvinrent au pouvoir en 1996 avec le soutien américain. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, devenus les ennemis à abattre, ils furent chassés du pouvoir par l’intervention de l’impérialisme américain et de ses alliés. Les milices talibanes ont cependant continué à défier les armées impérialistes, imposant leur loi dans des zones entières, vivant de racket, de contrebande vers le Pakistan, et du trafic de l’opium du Helmand. Un gouverneur de la province du Kunduz, située au nord du pays, témoignait ainsi en 2010 : « Les talibans font ce qu’ils veulent ici ; ils tuent, ils torturent, ils rackettent à l’envi. »

Mais l’impérialisme a engendré bien d’autres groupes terroristes. Ainsi al-Qaida fut créé en 1987 par Oussama Ben Laden, un islamiste issu d’une famille saoudienne milliardaire. Avant de devenir l’ennemi public numéro un, il fut lui aussi un « allié » missionné par les services secrets saoudiens pour regrouper au Pakistan, près de la frontière afghane, des militants intégristes gagnés dans les camps d’entraînement dans le but d’intervenir en Afghanistan. De 1989 à 1996, ces djihadistes bénéficièrent du soutien masqué de la CIA et de celui, plus ouvert, des services secrets du Pakistan, allié des États-Unis.

Quant à l’organisation État islamique, elle est le produit de la guerre menée en Irak en 2003 par les États-Unis et la Grande-Bretagne avec la complicité des autres puissances impérialistes. L’EI, vaincu en Irak et en Syrie, tente de se reconstituer entre autres en Afghanistan en se posant en concurrente des talibans.

Au milieu de ces multiples affrontements entre groupes en concurrence pour le pouvoir, les dirigeants américains ont choisi de laisser le champ libre aux talibans, c’est-à-dire ceux qui se sont finalement imposés sur le terrain, dans l’espoir qu’ils pourront peut-être garantir un semblant d’ordre, et surtout faute d’autres interlocuteurs plus solides.

Pour maintenir leur domination, les dirigeants impérialistes ont toujours favorisé les mouvements les plus réactionnaires ou soutenu des régimes tels que la monarchie saoudienne, chez qui la charia est en vigueur. Le sort de la population ne rentre bien évidemment jamais dans leurs calculs.

Aline RETESSE