Incendie des Maures : quels moyens pour combattre le feu ?

25 Août 2021

Une semaine après son déclenchement, l’incendie qui a ravagé le massif des Maures, au nord de Saint-Tropez, a été maîtrisé, sans être cependant complètement éteint. Son origine n’était pas encore déterminée, la piste d’un automobiliste irresponsable qui aurait jeté un mégot allumé au bord de l’autoroute restant privilégiée.

Mais, quelle qu’en soit la cause immédiate, toutes les conditions étaient réunies pour qu’un départ de feu prenne vite des proportions importantes : entre les périodes de fortes chaleurs qui ont causé une sécheresse extrême de la végétation et un mistral soufflant violemment dans une zone difficile d’accès pour les moyens de lutte terrestres, les pompiers n’ont pu contenir rapidement l’incendie.

Ainsi, après d’autres pays bordant la Méditerrannée, le sud de la France a connu un incendie de grande ampleur, détruisant plusieurs milliers d’hectares de végétation, brûlant des habitations et causant la mort de deux personnes. Et avec le réchauffement climatique, il est à craindre que de tels scénarios se généralisent. Déjà, le déclin des terres agricoles, où les champs constituaient des coupe-feu naturels, et leur remplacement par des forêts, en majorité des pinèdes très inflammables, a fragilisé des régions entières face aux incendies, surtout lorsque les sous-bois ne sont plus entretenus, que ce soit par des particuliers ou par des services de l’État défaillants, faute de personnel. En outre, l’urbanisation de ces zones multiplie les risques de déclenchement accidentel de feux, entre les barbecues, les tondeuses ou autres engins motorisés.

L’exemple des Maures montre qu’il devient urgent de mettre des moyens d’une tout autre ampleur si l’on veut combattre des incendies géants.

Certes, depuis une vingtaine d’années, des progrès ont été faits en France dans la lutte contre les incendies de forêt. La prévention a été développée, avec la création de bassins de rétention d’eau et l’implantation de guérites permettant la surveillance des zones à risque, ainsi que le renouvellement, malheureusement très partiel, de la flotte aérienne. Celle-ci se compose actuellement de douze Canadair, huit Dash, d’une capacité supérieure, soit en tout et pour tout vingt avions bombardiers d’eau, et trois Beechcraft utilisés pour la surveillance. À cela il faut ajouter des hélicopères ayant, eux, de faibles capacités. Les sept Tracker qui restaient, d’un âge moyen de 61 ans, ont été retirés de la circulation l’an passé car jugés trop dangereux, surtout après le crash ayant coûté la vie à un pilote. Les Canadair vieillissent eux aussi – 21 ans d’âge moyen – ce qui les contraint à rester au sol pour des périodes d’entretien ou de réparation de plus en plus longues.

Mais, pour que ces quelques progrès aient un impact sur des incendies difficilement maîtrisables, encore aurait-il fallu que les effectifs des pompiers aient suivi, ce qui n’est pas le cas. Ces deux dernières années, plusieurs mouvements de grève ont eu lieu dans les différents Sdis (Service départemental d’incendie et de secours), à commencer par ceux du Sud, confrontés chaque année à de multiples incendies de forêt. Outre des revendications salariales, leur prime de feu n’ayant pas été réévaluée depuis trente ans, ils protestaient avant tout contre le manque d’effectifs. Les pompiers constatent que, si les interventions ont doublé en quelques années, leur nombre est resté le même. De plus, le service ambulancier (qui fait aussi partie de leurs tâches) s’est intensifié, avec entre autres l’épidémie de Covid, et mobilise une partie croissante du personnel, au détriment de la lutte contre les incendies.

Mais là aussi, comme pour l’ensemble des travailleurs du service public qui jouent un rôle indispensable vis-à-vis de la population, l’État traite les revendications des pompiers avec mépris et poursuit sa politique d’économies, tant sur le nombre d’emplois que sur les moyens.

Marianne LAMIRAL