Paris 2024 : battage médiatique, marchandise frelatée

11 Août 2021

Les Jeux olympiques de Tokyo n’étaient pas terminés qu’un battage politique et médiatique était lancé pour vendre au public français ceux de Paris en 2024.

Comme les éditions précédentes, les JO de Tokyo ont vu leur coût exploser. Initialement chiffrés à 7,3 milliards de dollars, ils ont sans doute coûté 28 milliards, ce qui en fait les JO les plus chers de l’histoire. Pourtant, en 2013, quand Tokyo avait obtenu l’édition 2020, les autorités nippones avaient promis des jeux sobres, sans grands chantiers, dans une ville déjà équipée et moderne… Certes, dans ce cas, la crise du Covid a creusé le déficit, mais les JO coûtent toujours beaucoup plus cher que prévu. À Londres, en 2012, le budget avait été dépassé de 76 % ; à Rio, en 2016, de 352 %... Dans de nombreuses villes organisatrices, comme Sarajevo, Athènes, Pékin ou Rio, les stades et autres villages olympiques sont aujourd’hui des ruines, symboles de cette gabegie. L’État de Rio a été mis au bord de la banqueroute et la Grèce paie encore la note des JO de 2004.

En 2017, pour obtenir l’édition 2024, la mairie de Paris et l’État français ont également fait la promotion de JO « économes », à moins de 7 milliards d’euros, comme les autorités nippones avant elles... Il s’agissait d’éviter tout mouvement d’opposition, alors que les JO suscitent de plus en plus de réticences dans de nombreux pays. Pour 2024, la plupart des villes candidates (Hambourg, Rome, Budapest, Boston) s’étaient retirées sous la pression de leur population. En France les organisateurs, par la voix du président du comité d’organisation Tony Estanguet ou de la maire de Paris Anne Hidalgo, promettent donc des jeux « différents » : sobres, respectueux de l’environnement, et favorables au rattrapage par la Seine-Saint-Denis de son retard en matière d’équipements… Pour un peu, les JO seraient une vaste opération sociale !

En réalité, les Jeux obéissent toujours à la même logique. D’un côté, les pouvoirs publics prennent en charge des dépenses importantes, qui sont à la charge des contribuables. De l’autre, l’événement représente un immense marché pour les grandes entreprises. Pour ceux de Paris, les géants du BTP, qui construisent le village olympique et un centre aquatique à Saint-Denis, une arène de 7 500 places pour le basket et la lutte à la porte de la Chapelle, ou encore le village des médias à Dugny, touchent le gros lot. Atos (informatique), Decathlon, EDF ou Orange ont aussi signé des contrats profitables. Sodexo espère bien avoir le marché de la restauration, et Accor celui de l’hôtellerie. Et les entreprises de l’audiovisuel, de la sécurité et les sponsors officiels sont sur les rangs.

Quand on sait ce que ces sommes colossales représenteraient en termes de piscines, de stades ou de salles de sport dans les quartiers populaires, en postes d’éducateurs sportifs, il faut se livrer à bien des discours pour tenter de faire accepter que cet argent aille plutôt dans les caisses des multinationales.

Michel BONDELET