Grèce : une catastrophe prévisible

11 Août 2021

Mardi 10 août, l’incendie continuait au nord de l’île d’Eubée, longue de plus de 150 km, qui s’étend à l’est d’Athènes. Pendant plus d’une semaine le feu a fait rage, détruisant des dizaines d’habitations, obligeant des habitants, des agriculteurs à abandonner leurs maisons et leurs fermes après une résistance acharnée.

Les télévisions ont montré ces habitants tentant de sauver leurs maisons, armés de tuyaux d’arrosage, sans aucune protection contre les fumées, qui ont d’ailleurs causé la mort d’un pompier volontaire. Beaucoup, en particulier les personnes âgées et les enfants, ont été évacués sur des ferry-boats à l’ancre dans les ports, ou vers le continent quand ils souffraient de troubles respiratoires.

Dans toute la Grèce, plus de 500 foyers se sont déclarés, dont certains dans la grande banlieue de la capitale, et ce n’est sans doute pas fini. Heureusement le bilan humain n’est pas aussi catastrophique qu’en 2018 où l’incendie de Mati, une station balnéaire dans la région d’Athènes, avait fait 102 morts. Mais des milliers de personnes sont sinistrées, plus de 90 000 hectares de bois et de cultures ont brûlé depuis la fin juillet.

La sécheresse, les températures extrêmes, de 40 à parfois 43 degrés, sont en cause dans cette situation particulièrement catastrophique et le Premier ministre de droite, Mitsotakis, ne s’est pas privé d’incriminer le réchauffement climatique. Devant la colère des habitants et les nombreuses protestations, il a dû faire un semblant de mea culpa et a demandé « pardon pour d’éventuelles erreurs », tout en affirmant que l’État avait fait « tout ce qui était humainement possible ». Il a promis 600 à 6 000 euros de dédommagement et un prêt à taux zéro pour reconstruire une maison, des propositions bien insuffisantes pour des sinistrés de situation modeste.

Depuis des années, quel que soit le gouvernement, le budget pour réaliser les travaux de protection contre les incendies a oscillé entre 1,6 et 2 millions d’euros, alors que, selon les organisations de défense des forêts, il en faudrait dix fois plus. Il faudrait, aussi, embaucher des pompiers, acheter des véhicules en état de marche, des Canadair.

Mais le gouvernement Mitsotakis avait fait ses choix : 1,7 million d’euros pour les travaux de protection contre les incendies, trente millions pour installer la police dans les universités, deux milliards d’euros consacrés à l’achat des avions Rafale. C’est seulement après cette catastrophe qu’il a annoncé des moyens supplémentaires.

Cela juge ce gouvernement, dont la politique, très à droite, fait passer les intérêts du patronat avant la protection de la population.

Cela juge aussi les gouvernements européens : ils ont envoyé quelques pompiers et des Canadair en renfort, annoncé aussi le décaissement des premiers milliards du plan de relance de l’Union européenne, qui pourrait servir à financer quelques moyens. Mais leur solidarité ne va pas jusqu’à cesser d’étrangler la population grecque avec la dette.

Sylvie MARÉCHAL