Portugal : les œillets fanés d’Otelo de Carvalho

28 Juillet 2021

Au Portugal les hommages ne tarissent pas sur Otelo de Carvalho, mort le 25 juillet, âgé de 84 ans. De la gauche à l’extrême droite, tous saluent son rôle dans la chute de la dictature salazariste, le 25 avril 1974. C’est lui en effet qui coordonna le putsch militaire qui renversa le gouvernement de Marcelo Caetano.

Cette « révolution des Œillets » ouvrit alors toute une période d’agitation politique et sociale. Le pouvoir ne tomba jamais « dans la rue », comme le craignait Caetano, mais la bourgeoisie mit du temps avant de réussir vraiment à rasseoir son pouvoir.

Otelo de Carvalho avait alors le grade de commandant et, après des années de guerre coloniale en Angola et en Guinée-Bissau, donnait des cours à l’Académie militaire. Comme nombre de ses collègues militaires de carrière, il avait été révolté par un décret-loi de 1973 qui facilitait aux officiers non professionnels le passage dans l’armée de métier. De là était né le Mouvement des forces armées (MFA), qui avait touché bientôt tous les lieutenants et capitaines de l’armée coloniale, engagés ou non.

Après le 25 avril, Otelo de Carvalho occupa le devant de la scène. Il n’était marqué ni à droite ni à gauche, au contraire de ses amis Vasco Lourenço ou Ramalho Eanes, liés l’un au PS l’autre à la droite, et il se méfiait du PC. Il se fit le leader des radicaux du MFA, dans lesquels une partie de l’extrême gauche voulait voir des révolutionnaires. Révolutionnaire, Carvalho ne l’était pas. On le vit bien le 25 novembre 1975, lorsque l’état-major attaqua et soumit les unités radicalisées de l’armée : pendant que ses partisans étaient encerclés et arrêtés, Otelo attendait les ordres chez le président de la République, le général Costa Gomes.

Otelo de Carvalho n’en joua pas moins pendant des années le rôle de leader de la gauche radicale, qui l’appuya à l’élection présidentielle de 1976, où il recueillit 800 000 voix (16,5 %), et à celle de 1980. Il fut l’idole du mouvement populiste-terroriste des FP25 (Forces populaires du 25 Avril). Cela lui valut cinq ans de prison, bien qu’il ait toujours proclamé son refus de la violence.

Libéré par une amnistie en 1996, il se tint à partir de là loin de toute politique. Interviewé sur le 25 Avril et la période qui suivit, il marquait ses distances, reniait et ridiculisait son propre rôle. C’est pourquoi aujourd’hui, beaucoup peuvent chanter ses louanges, y compris parmi ceux qui à l’époque avaient combattu les revendications politiques et sociales des travailleurs portugais.

Vincent GELAS