Santé : les hospitaliers pris pour des mendiants

14 Juillet 2021

En avril dernier, le ministre de la Santé s’est penché sur la revalorisation des salaires hospitaliers, en laissant miroiter qu’ils feraient un bond en 2021.

À présent que les nouvelles grilles salariales sont publiées, nombre de soignants découvrent l’arnaque du ministère.

Depuis 2019, des mouvements du personnel hospitalier se succèdent pour obtenir de vraies augmentations. Les autorités ont fini par reconnaître elles-mêmes que le niveau des salaires était trop faible pour rendre attractifs les hôpitaux publics, les Ehpad, les maisons de retraite, etc. Le travail y est difficile et a lieu y compris les week-ends, les jours fériés, les soirées, les nuits ; il faut souvent faire plus que ses horaires pour pallier le manque de personnel. Alors, au vu de toutes ces contraintes, beaucoup se demandent s’ils vont rester travailler à l’hôpital.

Avec le Ségur de la Santé, l’an dernier, le gouvernement a fait un premier geste en accordant 183 euros par mois, sans que cela concerne dans un premier temps tous les travailleurs du secteur sanitaire et social. Il a fallu des mobilisations pour que, par exemple, les salariés des maisons d’accueil spécialisées d’adultes handicapés touchent cette prime, avec des mois de retard.

C’est dans ce contexte qu’a été annoncée, il y a trois mois, la nouvelle grille salariale censée « donner envie de travailler à l’hôpital », bien qu’encore une fois seul un tiers du personnel hospitalier soit concerné. Le ministère a fait la publicité de cas types : une infirmière avec vingt ans d’ancienneté toucherait 278 euros net de plus par mois, une aide-soignante avec cinq ans d’ancienneté 78 euros, etc. Mais ces nouvelles grilles qui viennent d’être publiées révèlent un énorme détail.

En effet, ces montants ne seront touchés par personne cette année. Ils sont promis à ceux qui commenceront à travailler en 2021 et qui atteindront par exemple les vingt ans d’ancienneté en… 2041. En octobre, la revalorisation d’une aide-soignante avec onze ans d’ancienneté sera en réalité de 4,11 euros net par mois. À ce prix-là, peut-on décemment parler d’attractivité de l’hôpital ?

Ce tour de passe-passe de la communication ministérielle laisse un goût amer aux hospitaliers, qui se rendent compte, une fois de plus, du mépris que leur témoignent les autorités.

Lucien DÉTROIT