Macron le 12 juillet : travailleurs et chômeurs en ligne de mire

14 Juillet 2021

Au-delà de ses déclarations se rapportant au Covid, Macron a défini un programme économique et social qui s’apparente à une déclaration de guerre ouverte au monde du travail. C’est bien ce que veut dire son axe : « La priorité de sortie de crise sera donc la même que depuis le début du quinquennat : le travail et le mérite. »

Sur « la nécessaire réforme des régimes de retraites », l’affirmation « il va falloir travailler plus longtemps » est insupportable pour des millions de travailleurs qui se retrouvent cassés bien avant 60 ans, et dont moins de la moitié arrivent à la retraite en ayant encore un emploi. En prime, l’objectif de la suppression des régimes spéciaux de retraite, qui représentent encore à l’heure actuelle une petite protection pour une partie des travailleurs, a été répété. Bien sûr, ces prétendues réformes nécessaires sont remises de fait au-delà de la prochaine élection présidentielle, mais cela permet à Macron de se présenter comme un dur, dur envers les travailleurs, ceux d’en bas, qui ne sont pas inclus dans le « mérite ». Cela peut toujours être utile pour attirer les votes de l’électorat réactionnaire.

Mais la réforme de l’indemnisation du chômage, déjà votée, n’attendra pas et devrait être appliquée dès le 1er octobre. Elle concerne aujourd’hui près de six millions de travailleurs sans emploi et, de façon induite, toute la classe ouvrière. Macron n’a pas hésité, pour la justifier, à piocher dans la poubelle des propos les plus réactionnaires. Le « il n’est pas normal que ceux qui ne travaillent pas touchent plus que ceux qui travaillent » vise à présenter les chômeurs comme des profiteurs. Mais, sur les 2 845 000 chômeurs indemnisés en juin, la moitié touchaient moins de 1 068 euros brut avant cotisations sociales. Deux autres millions de chômeurs doivent essayer de survivre avec au mieux le RSA, soit 565,34 euros mensuels, avec en prime la perte de tous les droits à la retraite. Cela éclaire sur le niveau de salaire que trouve normal le porte-parole du grand patronat.

Le projet de Macron vise à réduire autant que possible la rémunération de l’ensemble de la classe ouvrière. Ce passage en force vise, d’un côté, à réduire la rémunération de centaines de milliers de chômeurs déjà chichement indemnisés, bien loin de ce qu’ils touchaient en travaillant. D’autre part, la réforme privera d’indemnisation une majorité de travailleurs précaires qui vont de stages non rémunérés à des emplois en intérim ou en CDD de quelques jours. Cette réforme indigne va enfoncer des pans de la classe ouvrière dans la misère, avec bien sûr l’approbation du patronat. Car cette guerre aux six millions de chômeurs actuels, toutes catégories confondues, vient en appui à la guerre aux salaires déjà enclenchée dans nombre d’entreprises.

Pour baisser les salaires, les employeurs ont besoin que les travailleurs privés d’emploi ne puissent plus survivre au chômage et soient prêts à accepter n’importe quelle rémunération. Il faut que les travailleurs qui sont à l’usine, dans les chantiers et ailleurs, soient terrorisés à l’idée de se retrouver au chômage et soient donc prêts à accepter tous les sacrifices.

Quand il annonce que le pays se redressera « par le travail », Macron proclame en fait que, comme tous les politiciens bourgeois qui « défendent les entreprises », il entend prendre toute sa place dans la guerre aux salariés. Il a aussi dit clairement que les 100 milliards d’aides alloués à la grande bourgeoisie seront remboursés sans hausse d’impôts, mais « par le travail ». On ne peut être plus clair : ce sera en surexploitant les travailleurs.

Paul SOREL